Lescodesontchange

17 juillet 2012

La sangsue dépressive

Publié par lescodesontchange dans Non classé

N’avez vous jamais eu dans votre entourage ce garçon ou cette fille assez mal dans ses baskets, mais qui veut prouver à tout le monde le contraire, et dont vous avez l’impression qu’elle ne vit que dans votre ombre ?

La sangsue dépressive, comme on l’a dit auparavant se décline aussi bien en homme qu’en femme. Néanmoins, pour le bien de l’histoire et pour une meilleure compréhension de l’analyse, nous choisirons de la présenter au féminin sous le diminutif de Suzy.

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Suzy, donc, a une histoire familiale plutôt lourde : c’est d’ailleurs ça qui nous a rapproché d’elle. Non pas que l’on ait forcément une histoire familiale semblable, mais disons que l’on est sensible au fait que tout le monde n’a pas eu la même chance que nous … Bref, on la voit encore à cette terrasse de café en train de nous raconter comment son père et sa mère se tapaient devant elle, ou comment elle a appris que sa grand-mère maternelle partageait plus qu’une simple Heineken avec les Allemands dans les années 1940. Au-delà de ces histoires difficiles à vérifier, la pauvre Suzy a une propension effarante à attirer les ennuis : c’est elle qui s’est fait virer de chez elle à ses 18 ans, car ses propres parents ne la supportaient plus ; c’est elle qui va se faire agresser à la sortie d’un concert au Stade de France alors que 50 000 personnes traversent  les environs pour rejoindre le RER ; c’est encore elle qui va se prendre un contrôle fiscal alors qu’elle est encore stagiaire en entreprise.

Une histoire lourde donc, ou plutôt des histoires lourdes qui ont fini par apitoyer la plupart des personnes de son entourage. Ainsi, fleurissent les éternelles remarques comme « La pauvre … » ; « peuchère … » (si elle nous vient du Sud) ; « c’est pas de sa faute tu sais … » ; … Mais bon, progressivement et au fil des histoires qui deviennent de plus en plus farfelues ou incohérentes, la plupart de nos proches commencent à tourner en dérisions ses dires, pour ceux qui les écoutent encore. Mais nous, notre problème, c’est qu’elle nous fait tellement de peine, que l’on continue à écouter religieusement ses contes incongrus où la trame devient de plus en plus soporifique et improbable : « Le chauffeur du taxi n’a pas aimé que je le remette en place et du coup il est sorti et il m’a frappé devant une foule de badauds sans que personne ne réagisse … Mais ne t’inquiète pas un procès va avoir lieu … » ; ou encore « Je me lance dans une super affaire financière. Là, pour le moment ça ne rapporte rien, mais j’ai calculé que dans quelques mois je pourrais m’acheter une BMW ! » ; sans oublier : « Ca y est, j’ai réussi ma troisième tentative de passage en Licence … Bon je passe quand même quelques rattrapages à la rentrée, mais on peut déjà fêter ça ! ». Comme nous sommes bon public mais pas crédules non plus, on comprend vite que notre sangsue dépressive sombre dans une mythomanie aggravée. Mais rien de grave rassurez-vous, c’est un des autres traits de la pauvre Suzy qui à force de raconter ses histoires familiales que tout le monde connaît doit bien trouver de nouvelles choses pour capter un auditoire de plus en plus sceptique.

Là où notre sangsue dépressive fait fort, c’est qu’elle ne se limite pas à nous. Elle vampirise aussi notre famille proche. Eh oui, nous l’avons invité plusieurs fois à nos anniversaires d’adolescent et, du coup, nos parents ont aussi côtoyé le phénomène. Avec eux, d’ailleurs, elle se montre toujours sous un autre jour : Alors que cinq minutes avant, elle était au bord du gouffre en train de se lamenter sur le cours de sa vie, devant votre famille, elle affiche un large sourire digne de la montée des marches à Cannes, parle avec une voix forte et assurée et va même jusqu’à envoyer une vanne sur notre récent échec à un entretien d’embauche …

Mais bon tout cela masque une vérité. Suzy est mal dans sa peau. Elle a toujours vécu dans notre ombre et pour cela elle nous en veut à mort (sans le savoir forcément d’ailleurs). Et pourtant, souvenons-nous : C’est elle la seule qui ne souriait pas le jour des résultats du bac quand on a eu une mention. Bon ok, elle l’a eu au rattrapage son bac, mais elle l’a eu quand même, non ? C’est elle, qui achetait les mêmes fringues que nous (enfin ceux de Charlotte surtout !) mais balançait une vanne parce qu’elle, ses parents ne lui donnaient que très peu d’argent de poche. C’est elle aussi qui le jour de notre mariage tirait une tête qu’on aurait dit qu’on venait de lui annoncer qu’elle était condamnée. Pourtant, la brave Suzy pourrait se contenter de ce qu’elle a aujourd’hui : un métier certes pas passionnant, un mari ou un copain hyper prévenant et à l’écoute … Mais sur qui elle va venir confier des défauts insoupçonnables autant sur ses pratiques sexuelles surprenantes que sur ses origines supposées.

Alors, que nous apprend l’histoire sur le cas de la sangsue dépressive ? Assez peu en fait si ce n’est que c’est ce genre de personnage a toujours existé dans l’ombre des plus grands, des plus célèbres, dans des rôles toujours douteux du conseiller médiocre à l’amant d’un soir. On se souvient ainsi de l’influence de célèbres individus comme Raspoutine très (trop) proche du couple impérial russe. Arrivé sans le moindre sou à Saint Petersburg, il va s’infiltrer progressivement auprès de  la Tsarine, puis du Tsar et devenir un des personnages les plus écoutés et les plus énigmatiques de l’histoire du pays.

Et lors de nos retrouvailles, que l’on espace de plus en plus, elle ne peut s’empêcher de rappeler quelle chance nous avons eu dans notre vie, qu’elle a vécu une histoire terrible … Bref, la tirade habituelle.

C’est d’ailleurs là que le plus souvent, on se décide à prendre un traitement contre la sangsue dépressive. Nous nous sommes enfin résolus à comprendre que sa présence nous apporte peu, que des organismes et des professionnels existent pour traiter sa (ses) pathologie(s), que ses remarques acerbes sur notre réussite ne sont absolument plus compatibles avec la notion d’amitié (pour peu que cette amitié n’est pas été seulement une grande pitié … ). On se décide alors à lui dire ses quatre vérités un beau matin et à couper les ponts. C’est sur, pendant quelques temps (voir longtemps), la sangsue dépressive va essayer de rattraper cette proie facile que nous étions en se confiant à nos amis proches qui feindront de ne pas en savoir plus. Suzy va se tourner vers une nouvelle amie à qui elle va pouvoir raconter tous ses contes …

Mais l’essentiel est là, notre vie reprend normalement son cours même si la question reste posée : nous avons réussi à passer le mistigri à un voisin, mais les codes ont-ils vraiment changé ?

César

2 Réponses à “La sangsue dépressive”

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