Lescodesontchange

11 août 2012

L’apprenant incompris

Publié par lescodesontchange dans Non classé

On a tous dans son entourage proche un ami ou un parent qui n’a jamais quitté l’école … non pas qu’il soit entré dans le livre des records pour avoir passé 8 ans au collège et 6 au lycée, il est tout simplement professeur. Penchons – nous donc sur ce personnage atypique, sujet à moquerie, mais souvent assez peu compris.

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Guillaume, c’est notre voisin du dessous. Je me souviens lorsqu’il a aménagé dans la résidence, son camion regorgeait de cartons bourrés de livres. « Encore un bobo intello » m’étais-je dit avant d’aller quand même saluer poliment le nouveau venu.

Les mois ont passé et je me rendais compte que ce sympathique voisin, avec qui je parlais des résultats du foot dans l’ascenseur, me disait sans cesse « La semaine prochaine, je pars en congé quelques jours en Bretagne. Ca ne vous dérange pas de regarder mon courrier ? ». Mais que pouvait-il faire pour mériter autant de jours de vacances dans l’année ? Pas encore trentenaire, il comptabilisait surement plus de jour de vacances que notre vieux concierge proche de la retraite.

Ma réponse, je l’ai eu dans son courrier : lettre d’une célèbre mutuelle de prof, magazine d’un syndicat de l’Education Nationale et tract pour une manifestation nationale au mois d’avril se mêlaient aux factures classiques et autres réclames publicitaires.

C’était donc un prof ! Je décidais d’inviter le phénomène à l’apéritif pour pouvoir l’étudier de plus près, et surtout essayer de percevoir l’envers du décor de ce métier qui traumatise des générations entières depuis la nuit des temps.

D’ailleurs, qui a vraiment inventé l’école ? Ce n’est pas ce sacré Charlemagne comme l’expliquait sur un ton enjoué la gentille France Gall. Ce grand empereur pensait que l’instruction religieuse était d’une importance primordiale pour ses jeunes sujets. En 789, il demanda donc aux prêtres et aux évêques de créer des écoles pour que tous les enfants puissent apprendre à compter, à chanter et à lire les saintes écritures. L’invention de l’enseignement remonterait (d’après les dernières sources) à l’époque égyptienne, 3000 ans avant notre ère, où il semble que des lieux d’enseignement de l’écriture et des sciences aient existé. Toutefois, à cette époque, l’éducation n’était pas accessible à tous. Si Charlemagne n’est pas « l’inventeur » de l’école, il aura au moins contribué à rendre l’enseignement accessible au plus grand nombre.

La fameuse soirée arrive : A peine assis et cela malgré les menaces préalables de Charlotte, je lance la première offensive en lui demandant ce qui l’a motivé à faire ce boulot. Sa réponse, bien que longue et bien argumentée me remet un peu à ma place … Il explique calmement que son métier est une vraie vocation, qu’il a l’impression d’apporter beaucoup aux élèves. Il est conscient de ne pas être le professeur parfait mais s‘investit à fond. Quand je lui rétorque que tous les professeurs n’ont pas sa conscience professionnelle, il me répond sans réfléchir que même s’ils n’ont pas de résultats à présenter ou d’objectifs à atteindre comme dans le secteur privé, ils sont quand même évaluer et ont un avancement de carrière en partie au mérite. Il ajoute aussi : « Et puis, c’est pas pareil, on s’occupe pas d’un objet, on gère de l’humain, avec tout ce qui peut contenir en émotions, en expressions, … ».

Un peu gêné par cette réponse pleine de bons sentiments, je lui propose de la tapenade et des toasts avant de réenclencher mon offensive sur le sujet des vacances scolaires : « C’est quand même sympa d’avoir des vacances aussi longues tout au long de l’année ! ». Il sourit alors et repose son verre. Il prend une grande inspiration et me rétorque qu’il en a assez que les gens ne voient que cet aspect du métier : « Vous êtes prof ? Vous avez de la chance, vous êtes sans cesse en vacances ». Mais il m’apprend alors que pendant ces vacances, il s’avance pour sa rentrée, il prépare et actualise ses leçons, il réfléchit à de nouveaux projets. Mais surtout il m’explique que les profs sont payés sur dix mois car ils ne perçoivent rien pendant les deux mois des vacances d’été. Il finit en disant : « De toutes manières, c’est bien beau d’avoir deux mois de vacances, mais si tu n’as pas l’argent pour en profiter, parfois c’est un peu long … Moi, heureusement que j’ai mes parents en Bretagne … ». Là, j’avoue que je ne sais pas trop quoi répondre et je me sens un peu honteux d’avoir tant de fois vilipendé ces hommes en noir, résurgence moderne des hussards de la République, qui défilaient dans la rue en bloquant la circulation et les transports en commun.

« En plus, ajoute-t-il, même hors des vacances scolaires, les gens ont l’impression qu’on vit des semaines tranquilles parce qu’on fait dix-huit heures par semaine ! ». Là, j’avoue que je jette un regard complice vers Charlotte qui pense comme moi que c’est franchement pas beaucoup. En plus, il commence à me prendre de court sur les questions que je comptais poser. Mais quand il explique que ce sont dix-huit heures de cours devant les élèves et qu’une heure de cours équivaut à une heure de préparation – correction, je saisis un peu mieux la pensée du législateur qui a réactualisé le statut d’enseignant « récemment » en 1950. « Il faut pas croire que l’on fait juste dix-huit heures : entre les documents à chercher, les cours à préparer, les corrections, les réunions d’équipe, les réunions avec les parents, les convocations d’élèves absents ou indisciplinés, tu peux faire le compte, on est bien au-delà des trente-cinq heures ! ».

Je préfère ne pas me lancer pour ce soir dans des comptes horaires pour ne pas froisser mon invité, mais je lui avoue toute mon admiration pour le courage qu’il doit développer pour faire face à des meutes de jeunes sans foi ni loi … En effet, il travaille dans une banlieue difficile de la ville depuis six ans. Mais là encore il coupe court : « Tu sais, il faut arrêter de diaboliser les quartiers sensibles. Certes, ce n’est pas facile tous les jours, mais les gamins sont vraiment attachants. Même le plus turbulent d’entre eux, il a forcément un bon fond ! Ces gamins sont dans des familles où les parents sont souvent dépassés et c’est à nous, qui connaissons le système, de les mener à bien vers un projet universitaire ou professionnel ».

A deux doigts de verser une larme face à ce si beau discours (oui je sais j’en rajoute mais c’est vrai que c’est beau !), je me lève pour serrer la main de notre convive qui doit rentrer pour finir de corriger des copies. En le raccompagnant à la porte, je lui demande s’il vit seul. Il me répond qu’il n’a pas encore trouvé une compagne qui accepte un mari qui travaille encore après le boulot !

Je repense alors à cette soirée instructive et aux nombreuses anecdotes lancées par Guillaume sur des conflits avec des élèves ou des parents ou sur la passion contagieuse de son métier. Et là, en allumant la télévision, je tombe sur l’adaptation récente de « La guerre des boutons » … Le maître respecté, la belle écriture sur le tableau noir, les élèves en rang, les parents admiratifs de la blouse noire. J’imagine alors Guillaume dans sa classe, téméraire et motivé, devant un public blasé et peu intéressé … Les codes ont-ils vraiment changé ?

César

3 Réponses à “L’apprenant incompris”

  1. Marionchocolat dit :

    Que c’est beau !! je vais inviter mes amis profs à lire cet article, ils se sentiront enfin compris !

  2. retro jordans dit :

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    retro jordans http://www.2013retrojordans9.com

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