Lescodesontchange

15 août 2012

Le coq poule

Publié par lescodesontchange dans Non classé

Qui n’a jamais connu dans sa vie d’homme d’âge mûr, viril et parfois un brin macho, qui se fait tout petit devant sa femme et encore plus devant sa fille adorée ? Georges est notre homme.

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Gentil septuagénaire aux cheveux grisonnants, toujours souriant, serviable, sa bonhommie se lit sur son visage. Notre coq-poule est un homme moderne. Chez lui, il n’hésite pas à mettre la main à la pâte et à aider même dans les tâches ménagères les plus ingrates (comme descendre les poubelles). Sa femme, Martine, un peu féministe et très marquée par la génération « yéyé » trouve tout à fait normal le fait que Georges fasse les courses, concocte de bons petits plats, prenne presque du plaisir à passer l’aspirateur. Bref, malgré leurs âges, Georges et sa femme sont l’image même  du couple moderne.

Lors, d’un dîner improvisé chez Georges et son épouse, César, toujours un peu moqueur et incisif, n’hésite pas à faire remarquer qu’il a adoré l’excellent lapin à la moutarde de Georges et n’hésite pas à clamer «  De qui tenez-vous la recette Georges ? De votre mère je suppose car Martine n’est pas fin cordon bleu ! ». Malgré mes coups de pieds de plus en plus réguliers et puissants sous la table, César ne se démonte pas : « Les femmes, de nos jours, moins elles sont à la maison, mieux elles se portent ! ».

Georges et Martine, un couple atypique ? Pas forcément, des Georges, tout le monde en a au moins un dans sa famille ou dans son entourage. Ce que Georges cache dans sa botte secrète c’est sa tendance artiste. Il aime s’occuper de sa maison sans être maniaque pour autant. Rien ne lui fait plus plaisir que de repeindre un petit muret pour en faire une œuvre digne de Picasso (ou du moins y aspire t-il en secret). Rien n’est plus palpitant pour lui que de s’occuper de son petit jardin, son Eden : Parler aux plantes, c’est son domaine et en plus elles le lui rendent bien. Comment ne pas sourire à la pensée de Georges fier comme un paon lorsqu’un ami lui lance à la cantonade : « Toi, au moins tu as la main verte ». Alors, oui Georges est un artiste caché, un romantique dans l’âme qui se soucie peu des rouages mécano-pompeux de sa voiture. Lorsque ses amis le charrient sur la côte en pente douce de l’argus de sa voiture, celui-ci ne relève pas et on dira une fois de plus de lui : « Ce Georges, quelle discrétion ! ».  

Mais au-delà de toutes ses passions artistiques, Georges a une chose à laquelle il voue une véritable passion dans sa vie, à la limite du sacerdoce, cette passion, c’est ELLE, sa fille unique, adulée et adorée. Georges fût à l’époque ce que l’on pourrait qualifier un « vieux papa ». A l’heure où certains étaient quasiment grand-père, contre toute attente et pour sa plus grande joie, il est devenu papa. Il est devenu ce coq-poule dont je comptais vous parler. Bien sûr, pour bien cerner son personnage, je ne pouvais éviter quelques digressions sur son statut d’époux avant celui de père.  Alors pourquoi coq-poule ?

Georges est le benjamin d’une grande famille de sept enfants. Lui, le petit dernier, chouchouté tel un poulain promis aux plus grandes courses hippiques, il est devenu « gaga » de sa fille. Mais sa fille a grandi. Lui, l’homme si protecteur, le grand sentimental de la nature, a su se transformer en coq lorsqu’un paon lorgnait sur sa protégée. Envers celui qui avait les faveurs de sa fille, il ne pouvait rester objectif et le trouvait toujours trop grand, trop barbu, trop brun, trop maniaque, trop paresseux, bref toujours « trop » et jamais « assez ». Lui, le vrai gentil, toujours posé et magnanime, ne pouvait s’y résoudre,  s’en était « trop » pour lui. Sa fille chérie méritait le « must ». Alors, avant de le trouver, sa fille adorée a du sortir, beaucoup sortir, et Georges s’est souvent retrouvé à deux heures du matin écumant les rues de sa ville pour aller récupérer sa protégée à la sortie des boîtes « hype » de la capitale. Prendre un taxi ? Bien trop risqué pour sa petite chérie. Alors plutôt que de tourner en rond dans son lit et de réveiller Martine toutes les cinq minutes, il préférait se déplacer et aller directement la chercher : Jusqu’à passer pour un vieux pervers à la sortie d’une boîte où lui et un autre papa poule se sont vus refuser l’entrée par un videur au doux son d’un méprisant « Messieurs, ce n’est pas le genre de boîte pour vous ! ». Le coq-poule, a ravalé sa timidité et s’est éloigné tout penaud pour attendre sa fille un peu plus loin.

 Un appel en pleine journée ou même en pleine nuit et il rappliquait tel David Hasselhof  dans K2000 au volant de sa voiture « tunée ». Alors, c’est sûr, devant ses copains (tout autant papa gâteau que lui) il faisait le fort, clamant haut et fort : «  Moi, ma fille, elle ne sortira pas avant sa majorité ». Mais ni lui ni eux n’y croyaient. A l’image de Claude Brasseur jouant le rôle du père de Vic (Sophie Marceau) dans « La Boum », Georges est capable de tous les excès pour sa fille chérie, il incarne bien le papa moderne dans toute sa splendeur.

Dans l’histoire Antique, comment ne pas songer au pendant féminin du complexe d’Œdipe : le non moins célèbre complexe d’Electre. Agamemnon, grande figure du héros grec, fils de roi, grand guerrier et surtout père de trois filles Iphigénie, Chrysothémis et surtout Electre dont il était complètement accro et qui l’adulait en retour.

Si l’on pousse l’Histoire à l’excès, songeons à la légende de la ville d’YS. Le roi Gradlon, roi de Cornouailles, marin hors pair se marie un jour avec la belle et rousse Reine du Nord, Malgven. Malgven et Gradlon ont une fille aux longs cheveux blonds, Dahut. A la mort de sa femme, Gradlon élève seul sa fille et céde à tous ses caprices. Un jour Dahut lui demande de construire une ville au bord de la mer afin de se trouver un mari, ce qu’il fait. Gradlon a seul les clés de cette ville et refuse que quiconque ne pénètre à l’intérieur une fois la nuit tombée. Dahut , rebelle dans l’âme passe un pacte avec l’Océan et demande que tous les jours elle puisse avoir un nouveau fiancé envoyé par la mer et qu’elle rendrait à l’Océan une fois l’aurore arrivée. L’un des marins voulu un jour avoir la clé de la ville afin de venir la retrouver plus souvent. Ce petit manège fut découvert par Gradlon, qui, dans un accès de colère et de jalousie, jeta sa fille à la mer en pleine tempête. 

Sans tomber dans des excès de ce genre, fort heureusement notre coq-poule surprotège sa fille, son bien le plus précieux, on est loin du temps où une simple dot généreuse suffisait à laisser un père voir sa fille voguer vers de nouveaux horizons. Ainsi, une question demeure en suspens, les codes ont-ils vraiment changé ?

Charlotte

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