Lescodesontchange

19 août 2012

L’ultra sportif

Publié par lescodesontchange dans Non classé

Qui n’a pas dans son entourage une personne, très souvent de sexe masculin, adepte de sports en tout genre, qui complexe tout le monde par son physique plus qu’avantageux ?

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Boris, la trentaine bien avancée, ne vit et ne parle que de sport. Enfin, non pas que de sport : d’entretien physique comme le vélo, la course à pieds ou bien entendu la musculation … Au premier abord, on remarque tout de suite son physique avantageux : bras secs et musclés,épaules développées,  torse en V, plaque abdominale sans couche de graisse apparente laissant apparaître les fameuses « tablettes de chocolat » si prisées par une partie de la gente féminine, cuisses et mollets bien dessinés.

Bref, tout pour faire pâlir les copains, lors des soirées d’été, où le bellâtre musculeux se balade, torse nu ou avec un marcel moulant, de groupe en groupe. Alors, oui, nous les gars de la bande, on l’aime bien Boris. Par contre, on l’aime moins, quand il approche trop de nos femmes pour leur expliquer l’emplacement des muscles humains parfaitement dessinés sur lui : « Alors là tu vois c’est le biceps et quand tu tends le bras dans l’autre sens, tu déploies le triceps. N’hésites pas, tu peux toucher ! ». On l’aime encore moins quand on repart à la maison et que, dans la voiture, notre femme nous lance : « Ce serait quand même bien que tu te remettes au sport, non ? Tu n’a plus le corps que tu avais à notre rencontre … ». Alors, on essaye de lui expliquer que notre activité professionnelle nous prend trop de temps > Réponse : « Arrête, tu es à la maison à 17 heures ! » ; puis qu’une activité physique régulière nous contraindrait à moins nous voir > Réponse : « Eh bien tu sortiras moins avec tes copains du coup … » ; enfin on tente notre dernière chance en rappelant une vieille blessure au genou droit que le médecin nous dit de surveiller > Réponse : « Mais chéri, je ne te force pas, si tu n’as pas envie de t’y remettre ce n’est pas grave. Par contre, ton médecin, puique tu sembles l’écouter scrupuleusement, t’as surement dit que le manque d’activité physique était responsable de nombreuses maladies cardio-vasculaires … ».

Je décide donc le lendemain matin, après une courte nuit, d’appeler Boris pour lui demander si je peux faire un peu de remise en forme avec lui. Il me propose de commencer dès le lendemain à 7 heures. Je lui fais remarquer que je finis le travail plus tôt et qu’on peut avancer l’horaire : « Non, non, je voulais dire 7 heures du matin … c’est mieux de courir à la fraiche ! ». Le fou … La dernière fois que j’ai couru à 7 heures du matin c’était pendant mon service militaire : je me revois alors  en jogging kaki, les yeux encore embués, rouge de fatigue, bavant le peu de salive qui me restait dans des sous-bois perdus au fin fond de la Bretagne.

Mais bon le lendemain, je suis sur pieds, au point de rendez vous fixé. Boris arrive dans sa combinaison hyper moulante de marathonien et là forcèment je détonne un peu avec mon vieux short et mon tee-shirt usé. Une heure de sueur, de doute, de vomissements, de colère, de crampes, de découragement et de points de côté plus tard, je m’affale sur le sol. Alors que Boris entame des séries de pompes et d’abdominaux, je décide de questionner le phénomène, avec mon dernier souffle, en espérant qu’il ne me demande pas de le suivre dans son nouvel exercice : « Et sinon, les filles, en ce moment, quoi de neuf ? ». Sa réponse est assez évasive. Non pas qu’il soit essouflé par son effort (bien au contraire), mais c’est un sujet assez délicat pour lui.

Il n’a jamais vraiment trouvé chaussure à son pieds. Pour nous, les gars de la bande, on s’imagine tous à la place de Boris : « C’est sur qu’avec un physique comme le sien, je ne me priverais pas … » ; ou alors : « Ce Boris, il doit avoir un succès impressionnant, il peut ramener qui il veut chez lui ».

Pourtant, il m’explique que son physique impressionne plus qu’il n’attire : « Des fois, j’ai l’impression que je fais peur à certaines femmes ». Il est aussi conscient d’être trop exigeant pour arriver à se mettre en couple de façon durable avec une fille : régime alimentaire strict, beaucoup de temps consacré au sport, jamais d’alcool. Bref, la plupart de ses conquêtes sérieuses quittent rapidement le navire car elles ne comprennent pas l’hygiène de vie que Boris s’est fixé. Et notre ultra sportif en souffre et en vient même à nous envier, nous, les gars en couple d’être fixés, d’avoir quelqu’un qui nous attend le soir à la maison, de passer des soirées enlacés devant un bon film.

Pourtant, les ultra sportifs ont toujours existé. Prenons la période antique : en Grèce, dans la cité de Sparte, les hommes passaient leur temps à s’entraîner pour les prochaines guerres avec les cités voisines ou pour remporter les jeux panhélleniques (comme par exemple les célèbres jeux d’Olympie). Le culte du corps était exacerbé dans ces milieux. Les hommes préfèraient passer leur jour et leur nuit avec leurs compagnons du gymnase. C’est de là que viennent les mythes homosexuels ou plutôt bisexuels des Grecs. Les Spartiates ne rejoignaient la couche de leur femme que dans le but de procréer. La plupart de leur nuit, ils les passaient entre hommes pour des raisons de préférence sexuelle, mais aussi pour des raisons de cohésion de groupe : sur le champ de bataille, ils étaient ainsi prêts à mourir les uns pour les autres. Alors certes, Boris n’est pas homosexuel mais nous raconte souvent des anecdotes sur les garçons qu’ils croisent dans les salles de musculation qui passent leur temps à se regarder et à regarder leurs comparses.

Je rentre donc à la maison et croise Charlotte qui part au travail et me demande comment s’est passé ma première séance ? Je lui annonce que cette séance commune avec Boris serait surement la dernière mais que j’essayerai de courir au moins deux fois par semaine, seul. J’ajoute aussi que je lui prépare un super repas en amoureux pour ce soir avec la fausse excuse : « Pour me remettre de toutes ces calories brûlées ». En fait, je pense à Boris, le soir chez lui tout seul, spartiate des temps modernes, adulé des femmes mais isolé dans son cœur et dans son corps d’ultra sportif : les codes ont-ils vraiment changé ?

César

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