Lescodesontchange

30 août 2012

L’étrange étrangère

Publié par lescodesontchange dans Non classé

Ce soir, Katia s’en est allée. Ou peut être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un mail de son mari : « Katia partie. Plus de nouvelles d’elle. Amitiés ». Cela ne veut rien dire. C’était peut être hier.

Cette petite introduction en référence au célèbre auteur Albert Camus et à son œuvre « L’étranger » me permet d’évoquer le personnage de Katia.

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Katia n’est pas née en France, mais dans un pays du sud de l’Europe. Jolie brune à la peau mate et au sourire ravageur, elle ne laisse personne indifférent. Après de brillantes études en littérature locale et française, elle a décidé de venir s’installer en France. C’est là que nous l’avons rencontré : Son petit accent méditerranéen avait enchanté les gars de la bande qui l’avaient invité à se joindre à la table de ce bar du centre ville : « Jé souis arrivée en France de façon récente … Jé ne connais pas beaucoup de personnes encore … ».

Très vite, la jolie brunette a réussi à se faire accepter par l’ensemble de la bande, et surtout par les filles, qui ne voient pourtant jamais d’un bon œil, l’arrivée d’une nouvelle dans le groupe.

Katia, avec son impressionnant curriculum vitae, a rapidement trouvé un poste à la hauteur de son cursus universitaire : pourtant, on ne l’entend jamais pavaner sur son métier ou sur le salaire qu’elle doit toucher à la fin du mois. Elle nous a expliqué que dans son pays, le salaire comme la réussite sociale, ne sont pas des choses que l’on expose au grand jour. Pourtant, elle n’hésite pas à porter des vêtements griffés de grands couturiers français ou italiens : « Mais cé n’est pas pareil … Cé que je porte est discret, pas tape aux yeux ! ». Katia est une acharnée du travail : il est important pour elle de montrer que sa présence en France résulte d’une volonté de réussir et d’apporter son savoir faire au pays. Ainsi, quand pendant six mois, elle s’est retrouvée au chômage, nous l’entendions se confondre en justifications face à cette situation, même si nous lui expliquions que cela importait peu pour nous : « Mais vous comprenez, après les gens ils vont dire de moi qué jé suis une profiteuse … Et ça c’est hors de question !! ».

Mais ce que l’on préfère chez Katia, et là garçons et filles sont unanimes, c’est sa cuisine : plus besoin de sortir au restaurant pour découvrir des plats et des saveurs inconnus ou presque. Alors c’est sur, on attend tellement de ses créations culinaires, que l’on est parfois un peu déçu, quand le résultat est un peu gras (« Mais c’est comme cela que ma grand-mère le cuisine, sinon ça perd de la saveur … ») ou trop épicé (« Ca né vous plaît pas trop … J’ai mis trop dé paprika ou dé coumin ? »). Bon, la plupart du temps, on se régale même si les lendemains intestinaux sont parfois compliqués …

Mais ses meilleurs plats et ses plus grandes recettes, elle les réserve à Cyril, son mari, depuis cinq ans. Lui, comme le dit Katia, est un vrai français avec son grand-père belge, sa grand-mère hollandaise et sa mamie maternelle tunisienne. Ils se sont mariés en France et dans le pays natal de Katia : « Pour que tout le monde pouisse faire une fête autour de notre union ! ». Pour beaucoup de nos amis français, comme pour Charlotte et moi, ça a surtout été une belle occasion de découvrir la nation de Katia, sa famille, ses amis, les traditions locales, …

De cette belle union est né Louis (ou Luiz comme l’appelle le père de Katia). Pourquoi ce prénom ? « Parce que Louis était un grand roi dé France … Jé crois qu’il y en a eu plusieurs d’ailleurs … » (Dix sept en tout même si Louis XVII n’a jamais régné). Le petit Louis a vite grandi et pratique les deux langues à la maison : chacun de ses parents lui parle dans sa langue d’origine. Ainsi, le voit-on déambuler et demander à son père une friandise en français et remercier sa mère dans sa langue maternelle. Etonnant pour un petit bout qui marche à peine …

Mais tout n’est pas parfait dans la vie de Katia : elle est souvent victime de la vieille xénophobie (en grec : la peur de l’étranger) qui anime certaines personnes : elle est ainsi sujette aux moqueries et autres sarcasmes de quelques collègues de bureau sur son accent et sur ses origines : « Si tu pouvais me faire ça rapidement … Je sais que chez toi on a pas l’habitude de bosser comme ça, mais ici on est en France ! » ; « Le client veut traiter avec un vrai français … je m’occuperai donc de ce dossier ! ».

Pourtant les étrangers ont toujours été présents dans notre société : sans remonter trop loin dans l’histoire, à la suite de la Seconde Guerre mondiale, la France a fait appel à une importante main d’œuvre étrangère pour reconstruire le pays, détruit par six années de guerre sur son sol. Le terme « d’étrangers » en soi n’est déjà pas anodin : étranger … étrange … quelqu’un qui ne ressemble pas à la norme établi … Et pourtant, notre pays s’est construit au grès des vagues d’invasions diverses et successives des peuples européens ou africains voir même asiatiques. A l’époque antique de la Grèce, puis de l’Empire romain, on appelait « Barbares », toutes les personnes qui ne parlaient pas le grec ou le latin. Seuls les citoyens avaient des droits et pouvaient s’exprimer dans leur cité.

Alors rassurez-vous, Katia n’est pas partie comme nous le disions en introduction : Nous prenons toujours autant de plaisir à nous rendre chez elle, et nous rions ensemble quand son mari la reprend sur son français parfois approximatif : « Ces personnes né sont pas normaux je trouve … – On dit des personnes normales chérie ! ».

Aujourd’hui, Katia, qui vit en France depuis huit ans, travaille et mène une belle vie de famille, vient d’obtenir une naturalisation française. Pour elle, c’est la consécration de sa réussite sociale : comme nous l’avions dit, peu importe l’argent et le salaire, elle préfère montrer à ses détracteurs qui la regardent comme une barbare à l’accent prononcé que les étrangers peuvent parfaitement s’intégrer et qu’il faut éviter les amalgames : certains codes ne sont-ils pas trop long à changer ?   

César

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