Lescodesontchange

25 septembre 2012

La lionne cyclotimique

Publié par lescodesontchange dans Non classé

N’avez vous jamais connu de fille dans votre entourage qui prône haut et fort son indépendance (financière, sociétale et surtout sentimentale) et qui pourtant va tomber du jour au lendemain sous la coupe (et la croupe) de son amant. Prenons l’exemple de Maêly.

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Maêly, petite femme boulotte de 42 ans, au caractère bien trempée, est une amie du boulot, avec qui je disserte très souvent durant nos pauses méridiennes. Jusqu’il y a peu de temps, notre lionne amadouée était, au contraire, ce que l’on nommait une « dure à cuire ». Célibataire endurcie, malgré sa quarantaine bien tassée, elle ne se laissait dicter de conduite ni par notre supérieur hiérarchique, et encore moins par ses compagnons de route.

Au boulot, c’est toujours la première à monter au créneau, et ce, parfois en employant un langage peu châtié. Maêly, outre son côté jovial et amical, est surtout connue pour ses coups de gueule à répétition et son franc-parler légendaire. A certains condisciples qui « jasent » sur ses prétendues aventures scabreuses,  elle n’hésita pas, un beau jour, à hurler en pleine réunion : «  C’est qui, qui me l’a met ? Hein, c’est qui, qui me l’a met ? En ce moment il n’y a que mon mec qui me l’a met  … Alors avant de parler, faut se renseigner ». Autant vous dire que les langues intarissables se sont vite faites muettes.

Notre lionne pas encore amadouée, n’est pas non plus du genre à accepter des contrats supplémentaires. Elle n’hésite pas à lancer à notre patron, pourtant très prévenant : «  Si vous voulez que je vienne à cette réunion supplémentaire, il faudra me donner une bonne raison de sortir de mon lit ».

Sur le plan sentimental, sa rigueur n’en est pas plus laxiste. Un mec pour elle, c’est avant tout un renouvellement perpétuel de CDD : Même s’il la couvre de fleurs, de diverses attentions, de papouilles en tout genre, à la première tentative de déclaration d’amour, elle fuit comme une gazelle à l’approche d’un lion sauvage.

Elle n’hésite d’ailleurs pas à qualifier  ses histoires de « contrats tacites passés entre adultes responsables », ce qui implique une liberté totale. Elle est d’ailleurs toujours sur la défensive si on a le malheur de lui demander si son aventure actuelle ne pourrait pas éventuellement se transfomer en love story.

Maêly est une sorte de figure de proue du féminisme actuel. Des histoires sérieuses, elle n’en a pas eu tant que ça. Il faut dire qu’avec son physique un peu ingrat, elle n’a pas toujours eu le choix. Pourtant, et heureusement pour elle, depuis quelques années et grâce à l’émergence de réseaux sociaux et de sites de rencontres, notre lionne amadouée drague et se fait draguer.

Alors, et surtout grâce à un célèbre site de rencontre, elle aligne ses CDD, tel un demandeur d’emploi au Pôle Emploi. Du coup, Maêly a maintenant un besoin intrinsèque de ces multiples aventures. : Le lundi, elle se plaint d’ailleurs souvent de son week end, passé en solo, qui justifie son humeur de chien.

Alors nous, en cachette, pour son bien-être, et peut être un peu aussi pour le nôtre, on espère qu’elle a « pécho » : Une bonne nuit enfiévrée et voilà notre lionne amadouée prête à remuer ciel et terre pour son boulot. A contrario, une semaine de disette sexuelle, et voilà notre Maêly au comble de la nervosité, prête à nous envoyer balader pour la moindre question posée, pour le moindre dossier déposé sur son bureau. Elle est l’exemple même de la personne cyclotimique.

Depuis sa rencontre avec Maxence, lors d’un mariage dans le Nord-Pas-de-Calais, notre lionne est métamorphosée. Passés les premiers mois en plein émoi (waouh sacré jeu de mots …), euphorique et joyeuse en permanence, Maêly ne tarissait pas d’éloge sur son bel amant, au regard de braise. Cependant, et il y a toujours un « mais, » Maxence est fraichement divorcé et papa d’une petite fille de sept ans. Alors, pour notre féministe repentie, ca fait beaucoup. Déjà un homme capable de passer d’un CDD à un CDI ça relève de l’exceptionnel, mais en plus, devoir se farcir la belle-fille un week end sur deux et une ex femme manipulatrice … Là ça relève carrément du miracle !

Malgré tout, Maêly tient le cap. Son histoire avec Maxence marche bien, à la hauteur de leur vie sexuelle assez trépidante. Elle n’hésite pas à s’en vanter ouvertement lors de nos déjeuners : « Tu sais Charlotte, avec César, vous devriez faire ça tous les jours, avant de vous endormir ; ça vaut tous les livres du monde, et après tu t’endormiras comme un bébé … C’est une recharge saine d’endomorphines ». Ouais, on en reparlera dans dix ans.

Par contre, et c’est là le problème, si Max a le malheur de refuser ses assauts, elle nous le fait payer à prix fort. Ce qui est le plus improbable dans leur histoire c’est de voir à quel point notre lionne féministe se conforme désormais aux souhaits de son chéri. Devant lui, elle, la « grande gueule », se fait toute petite : Il ne veut pas partir en vacances à l’hôtel ? Et bien tant pis, elle ira avec lui passer quinze jours chez ses beaux-parents dans le Morbihan ; elle aime sortir avec ses copines au moins une fois par mois ? « Désolée les filles, mais les soirées filles, ça ne m’intéresse plus, je préfère regarder le foot avec Max » … Ben voyons ; un petit resto amoureux de prévu ce soir ? « Désolée ma biche, mais je dois récupérer Solène à l’école (la fille de Max), nous la gardons finalement ce week end». Bref, notre lionne devient vraiment docile et amadouée face à son CDI.

Alors, ce revirement aurait le don de choquer les plus ferventes féministes telles, Olympe de Gouges, Simone de Beauvoir, Louise Michel ou encore Simone Veil. La phrase célèbre écrite par Simone de Beauvoir dès 1949 dans Le Deuxième Sexe  : « On ne naît pas femme, on le devient » indique sans doute le point central de toute théorie féministe. Etre femme, c’est un état, pas un état d’enrôlement volontaire à un individu de sexe masculin.

« Ont-elles jamais existé, ces fabuleuses nations de jeunes filles, ces démons montés, galopant dans tous les coins du monde en faisant gicler de tous côtés glace et sable doré ?… » se demande Helen Diner dans Mothers and Amazons : The First Feminine History of Culture .

Comment ne pas songer à toutes ces femmes, qui, pendant des années ont lutté pour la fin du clivage homme/femmes, pour faire sortir les femmes de « ce continent noir » comme le disait Freud où on les a cantonnées pendant si longtemps ?  Comment penser, qu’en plein XXIème siècle, des Maêly préfèrent encore être asservies aux désirs de leurs compagnons, quitte à en perdre leur vraie personnalité ? Et pourtant, malgré la crise féministe, les évolutions de la « gender history » et les avancées égalitaires, la question demeure : les codes ont-ils réellement changé ?

Charlotte

Une Réponse à “La lionne cyclotimique”

  1. Marionchocolat dit :

    C’est qui qui me la met? Pfhihihi

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