Lescodesontchange

28 décembre 2012

Le Monsieur-je-sais-tout moralisateur

Publié par lescodesontchange dans Non classé

N’avez-vous jamais eu dans votre entourage, ce type bavard au possible, qui cherche toujours à avoir le dernier mot ? Jean-Pierre est notre homme.

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Jean-Pierre est un de mes cousins par alliance. Mari exemplaire de ma cousine Sophie, nous avons le plaisir de le retrouver lors de nos repas familiaux. Jean-Pierre est bavard, très bavard. Certes, il a une culture impressionnante et un CV à faire pâlir d’envie les plus hauts énarques : il est capable dans la même conversation de disserter autant sur les divers courants impressionnistes que sur les dérives politiques dans les pays en guerre.

Bref, avec Jean-Pierre à table, on est certain de toujours trouver des sujets de discussion passionnants et instructifs. Cependant, car il y a un « mais » là où notre Monsieur-je-sais-tout ramène un peu trop sa science, c’est quand il veut élargir sa culture à la psychologie féminine et même celle du couple. En effet, loin de se contenter de parler de tout, il a une propension (pour le coup un peu pénible) à feindre de tout savoir. Jean-Pierre a vécu dans une famille pauvre et est toujours très fier de clamer haut et fort ses années de galère pour arriver à sa situation professionnelle actuelle. Si la conversation du repas dominical s’oriente vers la vie de l’époque coloniale, il n’hésitera pas à s’immiscer dans le débat en parlant de son enfance à Alger. La discussion dérive vers le problème du tabagisme chez les 15-18 ans ? Pas de souci pour lui, en sa qualité de presque médecin (il a fait une année de médecine avant de se tourner vers le milieu bancaire), il va nous sortir des thèses plus ou moins probables sur l’impact du tabac et les causes de la dépendance des jeunes.

Mais là où il frôle parfois le ridicule, c’est lorsqu’il se met à parler du couple. Il n’y a pas quinze jours de cela, Sophie, lors d’une conversation téléphonique, me parlait de la situation plus que tendue de leur couple et de son envie de divorcer … Mais, de ça, notre perroquet ne semble pas s’en préoccuper, ou bien du moins, il évite de l’évoquer. Ainsi, il n’hésite pas, lors de ce même repas, à lancer à César et moi-même, les recettes du couple miracle : « Un couple, ça marche sur l’indépendance … La jalousie est néfaste et source de conflits … Et blablablabla ». Sophie me lance alors un sourire plein de sous-entendus et je dois avouer, qu’à ce moment là, je m’extasie devant la capacité de notre moralisateur à nous donner une leçon de bien-être conjugal ! Lui, qu’il y a encore quinze jours tout au plus, passait pour être le plus casanier et castrateur des maris, nous fait une ode à la liberté du couple ! Et, César, ignorant ma discussion avec Sophie, qui bade béatement ses paroles et, d’un air dubitatif, lui lance à la cantonade « Tu crois vraiment que c’est ça, la recette du bonheur ? ». Jean-Pierre, loin de se démonter et de se remettre en question, lui lance alors un impitoyable : « César, tu as encore la fougue de la jeunesse et tu ne peux comprendre les réelles attentes des femmes ! ».

Non mais je rêve ! C’est MON César qui passe pour un pur goujat aux yeux de ma famille alors que ce vil moralisateur passe pour LE spécialiste du couple inter générationnel ! Et ma mère de rajouter : « Sophie, tu en as de la chance d’avoir un homme si enclin à comprendre les femmes ». Bref, même si je boue intérieurement,  j’ai secrètement espoir que Sophie lance un petit pic, une once d’ironie pour le remettre à sa place, mais non, Monsieur Jean-Pierre-je-sais-tout s’en sort encore une fois grandit ! Quel pro dans l’art de la rhétorique !

L’histoire n’est pas exempte de personnages de la sorte. Les sophistes, dans la Grèce Antique sont des orateurs, dont la culture et la maîtrise du discours en font les personnages prestigieux de l’Ecclesia (assemblée des citoyens). Leurs détracteurs (dont les plus célèbres furent Platon et Socrate) estiment que, n’ayant en vue que la persuasion d’un auditoire, que ce soit dans les assemblées politiques ou lors des procès en justice, les sophistes développent des raisonnements dont le but est uniquement l’efficacité persuasive, et non la vérité. Socrate, bien qu’opposé aux méthodes sophistiques, s’y intéressera cependant pour leur concept de « relativisme de la vérité » qui est en totale opposition avec la philosophie socratique selon laquelle il n’existe qu’une vérité et c’est en la cherchant que l’on est dans le Bien, le Beau, et le Juste. Il peut ainsi s’exercer à « combattre » les imposteurs qui jouent sur la vraisemblance pour piéger leurs auditeurs, ou encore paraître avoir raison en toute circonstance (buts par ailleurs immoraux).

Alors, ce qui me dérange chez Jean-Pierre, ce n’est pas son art rhétorique en soi, c’est plus ce coté Monsieur-je-sais-tout moralisateur, qui le pousse à des extrêmes, et même au ridicule parfois. Ne pourrait-il pas, quelques minutes par repas, laisser la place aux autres, et ainsi laisser peut être autrui lui apprendre des choses en retour ? Mais au fond, des Jean-Pierre on n’en connait forcément tous, et la question ritournelle semble ici purement rhétorique : Les codes ont-ils changé ?

Charlotte

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