Lescodesontchange

4 janvier 2013

Le bringueur vétéran

Publié par lescodesontchange dans Non classé

Non, ce n’est plus possible … Allez, c’est juré … Plus jamais je me laisse embarquer dans une soirée pareille. Il est onze heures du matin et j’ai encore des remontées du rhum d’hier soir … Mais comment ils font ces mecs pour faire ça toute l’année ?? Et paraître nickel le lendemain ?? En tout cas, la prochaine fois que Tanguy m’appelle pour une nouvelle java, je lui sors le célèbre : « Je peux pas, j’ai piscine ! ».

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Tanguy, célibataire endurci de 38 ans mène sa vie à 2000 km/h. Son nom peut faire penser au célèbre film d’Etienne Chatiliez de 2001, mais Tanguy est loin d’être un assisté et a quitté le cocon familial très jeune. Ayant rapidement monté les échelons de la société, il a été promu l’an dernier directeur du service commercial.  Je l’ai connu à l’époque où il travaillait dans mon service : pas un brin prétentieux, il s’était fait une sacré renommée pour son sérieux et son professionnalisme, mais une offre plus alléchante l’avait poussé à partir. A cette époque déjà, nous avions l’habitude de partir faire un footing deux fois par semaine. Malgré notre petite différence d’âge, Tanguy tenait bien mon rythme. Il se plaisait d’ailleurs à dire : « Nous, on a du courage. Même après le boulot et en plein hiver, on trouve la force d’aller courir ! ». C’est vrai que Tanguy est le seul de mes collègues qui m’a suivi aussi longtemps et de façon régulière. Les autres venaient une fois et prétextaient une douleur, une obligation familiale ou professionnelle.

Depuis cette époque, nous avons réussi à garder notre running hebdomadaire. Et tous les samedis matin, nous nous retrouvons à la même heure (vers onze heures) au même endroit. Alors que j’arrive plutôt frais de ma nuit, Tanguy arrive souvent avec de petits yeux qui laissent aisément imaginer sa courte nuit : « Hier soir, on a encore fini au Black Night (NDRL : nom de sa discothèque favorite), il y avait un monde, c’était la folie … » ; « Je suis rentré chez moi vers 8 heures ce matin, j’ai préféré ne pas me coucher sinon je savais que je ne me lèverai plus pour te rejoindre ! ».

Et oui, pour Tanguy, au boulot comme avec les amis, la parole c’est sacrée : s’il me dit qu’on va bien courir le lendemain, je sais qu’il viendra même s’il a deux heures de sommeil et quelques milligrammes de résidus d’alcool dans le sang.

Notre course du samedi matin, on lui a donné le surnom de « café-course » : en effet, c’est comme si vous voyez un ami pour boire un café et lui raconter votre vie, sauf que nous on le fait en courant ! Tanguy est très curieux de nature : il aime savoir ce qu’est devenu tel ou tel ancien collègue : « Et Patrick, il se tape toujours en douce la stagiaire du service compta’ ? » ; « Et Mireille et Philippe, ils font toujours croire qu’ils sont bons amis ? Il n’y a personne qui a vendu la mèche sur leurs parties de jambe en l’air dans la salle des archives ? C’est vrai que c’était une bonne idée d’y installer une caméra !! ».

Moi, je le questionne souvent sur ses soirées et ses multiples rencontres d’un soir … Ou d’une nuit. Je le revois encore samedi dernier, arrivé avec une demi-heure de retard et me dire : « Je suis désolé, mais j’arrivais pas à la mettre dehors … Pourtant je lui ai dit que j’étais pressé, mais elle a voulu prendre une douche avant de rentrer chez elle ». Je prends sa réponse avec le sourire mais l’oblige à me raconter leur rencontre. J’aime bien quand il me raconte ses histoires : j’ai l’impression de vivre une vie qui n’est plus la mienne depuis longtemps : la vie de Don Juan, je l’ai abandonné il ya plus de dix ans quand j’ai rencontré Charlotte : alors forcément, les aventures de Tanguy me rappelle une autre époque teintée de bons et de mauvais souvenirs.

Mais ce que Tanguy apprécie pendant nos « café-course », c’est que je lui parle de ma vie avec Charlotte. Ce que je prenais au départ pour de la politesse,  n’en était en fait rien : Tanguy, même s’il reste un bringueur vétéran qui refuse l’engagement, aime entendre les vicissitudes d’une vie de couple : « Et comment va Charlotte ? Et ses derniers examens médicaux, ça s’est bien passé ? Et votre voyage en Irlande, vous le préparez ? Et avec sa chef au boulot, ça va mieux ? Et sa copine Marine, elle s’est remise de sa rupture ? …

Quand il vient manger chez nous, il n’arrête pas de poser des questions et écoute scrupuleusement nos réponses. Nous ne sommes pas les seuls couples d’amis que fréquente Tanguy : le soir, il est rarement chez lui et est toujours invité chez les uns ou chez les autres. Quelque part, c’est un peu là, qu’il vit sa vie de couple.

Comment ne pas songer à un parallèle avec Paul Verlaine. Certes, Tanguy et Paul n’ont pas les mêmes penchants sexuels, mais les deux ont des similitudes frappantes : Verlaine, talentueux poète de son époque, ne réussit pas à s’engager durablement dans ses relations amoureuses. Ecumant tous les bars de Paris, Londres ou Bruxelles, il entretenait des liens assez tendus avec sa famille qui lui reprochait sa vie de débauche. Il se tourne alors vers ses cercles d’amis, souvent admirateurs du personnage, qui voient plus en lui le talentueux poète que l’alcoolique notoire.

Tanguy ne parle jamais de sa famille. Je sais qu’il ne voit plus son père, mais s’occupe de sa mère qui est séparée depuis longtemps de son géniteur. C’est un sujet délicat à évoquer avec lui. Est-ce pour cela qu’il refuse de mettre en place une relation durable ? Est ce qu’il préfère se contenter d’observer les couples en place et s’y insérer le temps d’une soirée ? Je ne l’ai entendu qu’une fois me parlait d’une fille qui comptait pour lui et avec qu’il s’était installé. Mais leur histoire n’a pas duré : Tanguy aimait trop sa liberté et elle lui reprochait ses nombreuses sorties nocturnes.

Alors, notre bringueur vétéran, à l’âge où il pourrait être marié et père d’un ou deux enfants, préfère continuer à écumer les bars, les soirs de week end, à la recherche d’une nouvelle conquête aussi imbibée que lui. Peut être ne se voit-il pas vieillir de cette manière ? Pour ma part, comme je l’ai dit en préambule, j’éviterai de sortir à nouveau en soirée avec lui, surtout une veille de « course-café », puisque je n’ai pas eu le courage de me lever mais seulement de me poser la question à son sujet : les codes ont-ils changé ?

César

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