Lescodesontchange

18 janvier 2013

Le meilleur ami d’hier

Publié par lescodesontchange dans Non classé

Qui n’a pas dans son entourage un ou une ami avec qui on a réalisé les 400 coups et à qui on a confié tous nos secrets et nos problèmes dans notre enfance, notre adolescence ou même plus tardivement ?? Michel est notre sujet du jour.

Le meilleur ami d'hier coloriage-banquise

Qu’il est difficile de passer du statut de « j’ai-un-pote-à-qui-je-peux-tout-confier-et-avec-qui-j’ai-des-souvenirs-inoubliables » à « oh, moi tu sais j’ai pas un meilleur pote, mais plein de bons amis … ». Menteur.

Michel, c’est ou plutôt c’était mon pote d’adolescence. Rencontré au lycée, on avait une passion en commun : le sport. Inscrits dans le même club, nous sommes vite devenus inséparables. Partageant les mêmes délires, les mêmes passions, les sorties au bar et en discothèque, nous étions inséparables. Marqués différemment par nos vies familiales et sentimentales, nous passions de longues heures à discuter et rire de la vie, de la mère trop présente qui veut tout savoir, du frangin obsédé qui passe ses nuits à mater des films pornos, des filles qui passent, qui viennent et qui ne savent pas ce qu’elles veulent et du fait que rien ne pourrait nous séparer. Quoi que …

Pourtant quand je suis parti faire mes études dans la grande ville voisine, je ne pensais pas que notre grande amitié resterait la même. Et pour être sur que ce ne serait pas le cas, Michel décida lui aussi de poursuivre ses études dans cette même ville et de s’installer dans ma résidence. Commença alors notre nouvelle vie emplie de soirées alcoolisées interminables, de collections de filles ramassées dans les pubs de la ville (presqu’à faire un concours au kilo à la Thierry Lhermitte dans « Les Bronzés »), de délires jusqu’au lever du soleil à refaire le monde et à s’imaginer dans 10 ans … Ce qu’on était con …

On aurait pu croire que comme beaucoup d’amis inséparables, c’est souvent la rencontre du conjoint qui met un terme (ou du moins un frein) à cette relation. Ce ne fut pas mon cas quand je rencontrais Charlotte qui fut très vite intégrée à notre duo. Mais Michel, beaucoup plus exclusif, avait du mal quand il rencontrait une « fille-avec-qui-ça-durait-un-peu », pour conserver la fréquence de nos sorties. Mais je ne lui en voulais pas : voyant que je m’étais installé dans une relation durable avec Charlotte, je comprenais qu’il cherchait à faire de même et je rêvais déjà de nos soirées entre couples, façon trentenaire, avec des enfants qui nous piailleraient autour … La jeunesse …

Pourtant, quand on a trouvé chacun notre job, Michel est devenu progressivement un étranger. Je reconnais qu’on s’appelait moins et que je ne faisais pas toujours l’effort de le rappeler après un message laissé sur mon répondeur : la faute à une vie trop pleine, un emploi du temps de ministre et de nombreux copains à voir aussi. Michel, toujours aussi exclusif, ne tarda pas à me faire remarquer que nous espacions un peu trop nos rencontres : il faut dire que Charlotte et moi n’apprécions que moyennement Carine, sa nouvelle copine, brunette de 40 kilos à tout casser, portée sur le cul et le cul uniquement. Et puis, surtout, Michel avait changé : son poste de commercial lui montait à la tête. Il ne passait plus une soirée sans parler argent, gros sous, prime de fin de mois, bénéfices, intérêts et grosses voitures … Décevant.

Alors forcément, nous nous sommes vus de moins en moins et comme dans un vieux livre de Marcel Pagnol, nous sommes passés au temps des reproches : « Tu aurais pu me rappeler la dernière fois, je t’ai attendu pour rien ! » : « Tu pourrais faire un effort, c’est l’anniversaire de Carine. Il y a toutes ses copines, ça va être sympa … ». Et puis, le texto fatal qui scelle définitivement la « rupture » d’une belle amitié : vous savez ce sms que l’on envoie un soir de fatigue, où le meilleur ami vous a fait une remarque et que vous renvoyez un message bien cinglant et compréhensible : « Tu m’emmerdes. ». Fatal.

Le mot « amitié » a un sens trop faible pour exprimer réellement l’attachement entre amis. En fait, il s’agit véritablement d’amour, une forme d’amour particulière à la civilisation médiévale, tout comme les gestes qui la manifestent : les baisers sur la bouche, mais aussi sur le menton, le nez, etc. Une chanson contemporaine de Guillaume le Maréchal, rédigée vers 1230, raconte l’histoire vraie d’un chevalier glorieux mort en 1219 : le mot amour n’y intervient qu’à propos du sentiment qu’entretiennent entre eux les hommes. Dans les chansons de geste, genre littéraire épique, le monde masculin possède presque toujours l’exclusivité de l’amour. Cet amour viril caractérise les sociétés masculines et guerrières ; on pense à la Grèce antique bien sûr, mais plus près de nos héros, d’autres civilisations : celte, germanique, romaine ont connu semblable phénomène (2). L’amitié des chevaliers du Moyen Age perpétue cette tradition. Elle s’accorde parfaitement avec la tradition chrétienne de l’amitié, moyennant quelques aménagements et quelque tolérance. L’amitié masculine médiévale est donc une affection très profonde, doublée d’une fidélité à caractère sacré. Cette amitié est véritablement un amour. Reste à savoir si cet amour impliquait des rapports intimes.

Ce ne fut pas le cas avec Michel en tout cas. Aurais-je du le rappeler ? Etions nous devenus trop différents ? Ai-je bien fait de lui faire comprendre que son changement ne me convenait plus ? Suis-je aujourd’hui heureux d’avoir plein de copains, mais plus de meilleur pote ? Mais la seule vraie question qui reste, est la rituelle : les codes ont ils changé ?

César

4 Réponses à “Le meilleur ami d’hier”

  1. Donna dit :

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  2. Marionchocolat dit :

    La rupture amicale est souvent plus ou tout du moins autant douloureuse que la rupture amoureuse. Les questions restent les mêmes, telles que tu les cites : dois je faire le 1er pas? Mais est il possible de se retrouver « comme avant »? Comment est ce possible de s’éloigner autant alors que nous étions si proches? Les gens sont ils moins loyaux, ou plus egocentrés? Ou lâches ? Il faut accepter que nos proches ont des limites qui ne sont pas forcément les nôtres et être conscient qu’une amitié ce n’est pas forcément pour la vie contrairement à ce que l’on pense.

  3. Elma dit :

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