Lescodesontchange

31 janvier 2013

Le « lubiphile » moderne

Publié par lescodesontchange dans Non classé

Qui n’a pas dans son entourage, un Gauthier, véritable pile électrique, attentionné et comblé dans sa vie, mais toujours à la recherche du petit plus qui agrémenterait sa vie ?

Le

Gauthier est, de l’avis général, un exemple de réussite sociale : il a une femme adorable, une famille proche, des amis à la pelle, un boulot sympa, une voiture récente et un appartement dont il est propriétaire. Bref, tout ce dont beaucoup, aujourd’hui en cette période de crise économico-socio-relationnelle, rêverait.

Mais, Gauthier, sous son air sérieux et ses responsabilités professionnelles, est un rêveur. Sa femme se plaît à dire qu’il réagit en impulsif, qu’il est peut être un peu insatisfait, qu’il a des lubies qu’il ne peut contenir quand il se met à y penser. Leur appartement ? Une folie qui lui a pris, un après-midi en passant devant une agence immobilière ; leurs dernières vacances à l’autre bout du monde ? « Ne t’inquiète pas chérie, je ferai des heures supplémentaires au boulot mais j’ai trop envie de découvrir cette région ! ». Forcément, tous ses projets, il les conçoit avec sa femme qui accepte, souvent amusée mais parfois moins, ses caprices. Mais, elle sait quand même lui dire non, quand il pousse le bouchon un peu loin et que leurs finances ou leur motivation ne suivront pas.

Ceux qui le connaissent mal pourrait vite dire que c’est un éternel insatisfait : et pourtant, il adore son boulot où il s’investit beaucoup et sans compter ses heures. Mais il avoue que si une opportunité professionnelle plus intéressante se profilait, il partirait après quand même … une nuit de réflexion ; des amis lui proposent de monter une équipe de sport ? Pas de soucis, il n’en a jamais fait mais il pourra rajouter cette expérience à la longue liste qu’il ne cesse de faire grandir depuis son enfance ; un nouveau projet au boulot ? Forcément,  il est le premier à se proposer et déclare avec le sourire aux frileux : « Et après ? Même si c’est une mauvaise idée, ce n’est pas grave, l’important c’est d’essayer ! ».

Il avoue, sans aucune pudeur ni retenue, se lasser vite de tout et aimer apporter du changement à sa vie. On pourrait donc facilement  l’imaginer coureur de jupons, mais ce n’est pas le cas : il aime à répéter que la seule personne dont il ne le lasse pas, c’est sa femme. Elle partage sa vie depuis plus de dix ans et lui amène le calme, le repos et le répit qu’il ne s’accorde que trop peu souvent. Elle est surtout une indécise chronique, ce qui compense avec le caractère « fonceur tête baissée » de Gauthier.

J’aime parler avec Gauthier et l’entendre évoquer le monde et nos existences : « Mais, César, tu te vois toute ta vie dans le même boulot, dans la même maison, dans la même ville ? Tu ne te dis pas qu’une fois dans ta vie, il faudrait faire un truc fou ? Tu sais ce truc que tu pourrais raconter plus tard à tes petits-enfants : j’ai tout plaqué pour partir vivre à l’autre bout du monde, j’ai tout vendu pour m’acheter un super bateau, … Ce serait surement plus fun que de leur dire : Papy, le truc le plus fou qu’il est fait dans sa vie, c’est … Attendez je réfléchis … Mettre de la colle dans la serrure du voisin d’en face pour l’emmerder ! ».

Partir vivre à l’autre bout du monde … C’est sa dernière lubie … Il a donc décidé de mettre en place un plan efficace pour convaincre sa femme, « lubi-sceptique », de le suivre à nouveau dans ce projet. Tout y est passé : laisser tourner en boucle sur l’ordinateur une vidéo sur internet sur les merveilles naturelles de cette région ; parler dès le réveil des possibilités professionnelles et des primes très intéressantes offertes par l’Etat pour partir vivre là-bas ; inviter des amis qui reviennent d’un long séjour professionnel à l’étranger ; convaincre les amis de venir les voir le plus souvent possible ; lui chanter « Là-bas » de Jean-Jacques Goldman en pleine soirée … Pour lui, effectivement, leur existence ne pouvait s’inscrire autrement que là-bas … Pour un temps !

Gauthier me fait vraiment penser à Christophe Colomb. Ce génois, rêveur et cultivé, passionné de navigation et avide de nouveautés, est connu pour sa grande découverte de l’Amérique (ou plutôt des Caraïbes) en 1492. Mais ce qui le rapproche de Gauthier, c’est son côté à contre courant de la société : là où chacun essaie de faire sa petite vie, de s’installer dans un quotidien monotone et stable de vie de famille avec femmes, pardon femme et enfants, Gauthier rêve de nouveauté et de mettre des remous dans son existence : « On a qu’une vie … » se plait-il à rappeler. Christophe Colomb, contrairement à ce que beaucoup croient, n’était pas perçu que comme un illuminé : une grande partie de la communauté scientifique de l’époque estimait réalisable un tel voyage. Ce qui distinguait le projet du navigateur des hypothèses des érudits du temps – géographes et humanistes – qui estimaient tous très probable l’existence d’îles nombreuses, voire de terres plus vastes plus loin à l’ouest dans la mer océane (Océan Atlantique), c’était son but : atteindre les rivages de la Chine et avant cela le Japon, et donc prouver que la terre est une sphère !

Heureusement, son projet, qu’il a réussi à présenter de façon magistrale à la reine Isabelle, est accepté par les rois catholiques d’Espagne. Alors, aujourd’hui, personne ne sait si Gauthier parviendra à convaincre sa femme d’inscrire une nouvelle page, et quelle page, dans le livre de leur vie. Mais une chose est certaine, leur existence, que ce soit ici ou ailleurs, et même si personne ne comprendra pourquoi ils quittent tout ce qu’ils ont ici, s’écrira à deux. Au final, nous, ses amis qui resteront, nous  poseront peut être la question : « Chérie, et si on partait nous aussi vivre ailleurs pour faire changer nos codes ? ».

César

Une Réponse à “Le « lubiphile » moderne”

  1. Marionchocolat dit :

    Il ne se lasse pas de sa femme, c’est beau! ; )

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