Lescodesontchange

14 février 2013

Le contre-cupidon

Publié par lescodesontchange dans Non classé

14 février, jour ordinaire pour certains, jour de fête pour d’autres. Mais pour Arnaud, notre contre-cupidon, c’est un jour détestable. Explications.

Le contre-cupidon cygnes

Arnaud, c’est le concierge de mon immeuble. Attention, concierge dans le vrai sens du terme … Mais aussi au sens figuré : véritable pipelette du bas des escaliers, notre quadragénaire, sorti tout droit de sa Normandie natale, n’a pas sa langue dans sa poche. Il connaît toutes les histoires ou les légendes urbaines de notre résidence, il sait qui couche avec qui (ou le suppose aussi très vite). Je le soupçonne même de tenir un fichier sur les personnes où il noterait les coups d’un soir, les relations extraconjugales, … En même temps, c’est facile pour lui : installer à l’entrée de l’immeuble, dans sa loge surchauffée et pas toujours bien odorante, il observe le va-et-vient des résidents, réceptionne les colis et interpelle les personnes qu’il ne connaît pas.

En même temps, vous me direz, rien de bien anormal jusque là. Mais là, où notre contre-cupidon me gène un peu, c’est dans ses prises de position tranchées sur l’amour : sa vision, désabusée et à la limite du salace sur la gente féminine, pourraient choquer les plus misogynes d’entre nous. La dernière fois, je l’ai entendu parler à deux jeunes voisins de quatorze ans en leur demandant s’ils : « s’étaient faits un peu secouer les smarties ® dernièrement par leurs copines ».  Grand pédagogue. Bien entendu, devant les petites mémés, il évite ce genre de propos mais adore lancer, une fois qu’elles sont parties : « Putain, elle a du en dérouler du câble dans sa jeunesse, la vieille … ». Gentleman en plus. Je passerai sur les « reluquages » permanents mais peu discrets dont il fait preuve et dont il se vante quand un membre du conseil syndical lui en a fait la remarque : « Mais Monsieur, je suis un mec, un vrai, je vais pas la violer, juste la bouffer des yeux quoi ! ». Un poète caché sans doute.

Pourtant, il est marié avec une femme adorable et fin cordon bleu, mais qui ne doit pas dépasser la limite de femme au foyer qui s’occupe des enfants et des tâches ménagères. Quand vous discutez avec lui, vous vous rendez compte de l’ampleur du phénomène et vous comprenez vite que les notions d’égalité sexuelle, de paritarisme et autres avancées contre les discriminations à caractère sexuel, sont absentes de son petit dictionnaire cérébral. Comme le dit un voisin : « C’est un bon bourrin, nourri au lait cru et qui doit cacher une grande sensibilité derrière ses cent vingt kilos … ». Faudrait quand même une sacrée foreuse pour atteindre sa sensibilité …

Mais là où il m’a vraiment gonflé, c’est l’an dernier à l’occasion de la Saint Valentin. J’avais acheté un gros bouquet de roses pour Charlotte que je comptais lui donner à la sortie de son boulot en fin d’après midi. Alors que je ramenais mon cadeau chez moi, je croise Arnaud dans le hall d’entrée et il ne manque pas de lancer : « Ah ce soir, ça sent la révision de la tuyauterie de Madame … ». Malgré la remarque plus que limite, je lance un « ben non, c’est la Saint-Valentin … ». Le sang de notre contre-cupidon ne fait qu’un tour et il enchaîne sur son verset bien répété : « La Saint-Valentin ? Mais ça sert à rien ! C’est encore une fête de ces cons de commerçants pour nous faire acheter des merdes qui vont pourrir en une semaine ou prendre la poussière ! » (et en langage un peu plus soutenu, ça serait possible ?!). Et il enchaîne : « Moi, j’ai pas besoin de ça, ma princesse, je lui fais des cadeaux quand je veux. J’ai pas besoin d’attendre la Saint Valentin ! Et puis, son cadeau, elle le prend quand elle veut, il reste au chaud entre mes jambes !! ».

Face à la grande classe de notre concierge, je me sens obligé de riposter : « Je pense qu’il faut un peu arrêter de se voiler la face : la Saint Valentin est un jour comme les autres, peut être, mais c’est surtout une manière de faire plaisir à celle ou celui qu’on aime, en cette période de grand froid où on est plongé dans le boulot, où les vacances paraissent encore loin, où la grippe fait des ravages et où les informations nous minent face aux malheurs et des catastrophes du monde. En ce jour, c’est différent, on retombe un peu en adolescence et on se rappelle de ses débuts et des efforts que l’on pouvait faire pour plaire à l’autre ! ». Il me rétorque alors : « Ouais, mais ça fait un peu le mec qui a quelque chose à se reprocher et qui veut se faire pardonner … En plus, pourquoi ils ont choisi ce nom de Valentin, ça fait un peu ange chochotte ».

En fait, la Saint Valentin a des origines très lointaines. Dans la civilisation romaine, le mois de février était déjà consacré à la fertilité et de nombreuses fêtes païennes à travers l’Europe célébraient la même chose. L’Eglise catholique a choisi saint Valentin comme patron des couples dès le début du Moyen-Age. Valentin qui mariait les chrétiens sous le règne de Claude II, fut arrêté pour cet acte. Pendant sa détention, il rencontre la fille de son geôlier, une aveugle de naissance nommée Julia. Valentin va entretenir des relations amicales avec Julia qui demande à Valentin de lui décrire le monde. Julia, par amour envers Valentin, lui apporte à manger jusqu’au soir où, selon la tradition, un miracle se produit : certains témoins disent avoir aperçu une vive et forte lumière par la fenêtre de sa cellule, alors que Julia retrouve la vue. L’événement parvient jusqu’aux oreilles de Claude II le Cruel, qui n’apprécie que peu ce genre d’épisode, et ordonne sur le champ l’exécution de Valentin. Toute la famille de Julia se convertit au christianisme pour honorer sa mémoire. Il est dit que Julia plante, près de la tombe de Valentin, un amandier qui est, depuis ce jour, un symbole de l’amour.

Alors demain, pour la Saint-Valentin, j’aurai surement droit à une bonne remarque bien grasse de la part de notre contre-cupidon. Il n’a pas changé, pas plus que sa femme qui continue à se taper mon voisin du dessous en toute discrétion … Et oui, la misogynie a ses limites mais certains ont du mal à le comprendre. Ce cher Arnaud n’a d’ailleurs pas compris pourquoi je lui ai offert, avec mon voisin du dessous, un petit amandier lors de la fête des voisins pour le remercier de son travail. A chaque fois que je passe devant sa loge, je vois ce bel arbre qui trône sur le bureau du concierge près des revues masculines de ce dernier et je me demande : « Les codes vont-ils changé ? »

César

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