Lescodesontchange

23 février 2013

L’esthète contemplative

Publié par lescodesontchange dans Non classé

Le week end dernier, lors d’une réunion de famille, nous avons eu la joie de retrouver Joséphine, ma cousine, issue de germain du côté paternel. Joséphine est ce que je vais nommer ici : une esthète contemplative.

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Depuis notre plus tendre enfance, Joséphine et moi passons une partie de nos vacances estivales dans notre maison de campagne familiale. Joséphine a toujours été passionnée par la nature, les oiseaux, les bruissements de l’eau dans la forêt. Elle seule, a le don d’essayer de trouver du beau dans tout. Même en plein cœur d’une ville remplie de bitume, notre esthète trouvera l’occasion de s’emerveiller sur les beautés de la vie. Combien de fois ne l’ai-je entendue s’extasier devant un coucher de soleil, un chant d’oiseau, un rayon de soleil qui filtre à travers des persiennes vieillies ?

Joséphine est un peu comme ces êtres primitifs pour qui, chaque lieu, chaque son, chaque senteur est un moment d’extase. Alors bien sûr, même si elle assume totalement sa « différence » de perception, dans notre société carriériste et consumériste, notre esthète contemplative dérange, choque, fait jaser, est sujet à moqueries. Souvent, ai-je entendue des personnes me disant : « Chacha (oui c’était mon surnom, vous allez tout savoir !), ta cousine elle carbure à quoi ? Exta ? Coco ? Elle plane dur … ». Et pourtant, la seule drogue de Joséphine, son seul expiatoire à cette vie pressée et intense, c’est sa capacité à s’éloigner du réel.

Pourtant, lors de promenade avec elle, il est parfois lassant de s’arrêter une trentaine de fois sur le chemin : «  Chacha, tu as vu la luminosité sur la neige, c’est un truc de fou ? … » ; « Tu entends le clapotis de la rivière ? Ca c’est la vraie vie ! » ; « Attends Chacha, deux minutes je photographie le bourgeon qui vient d’éclore et sur lequel s’est déposé une fine pellicule de gresil … ». Je dois vous avouer, que sa zen attitude, au bout de deux heures, a le don d’exaspérer le plus grand nombre, moi la première. Non pas que Joséphine soit molle, mais comme dirait certains : « Elle prend son temps ». Alors même si je peux, moi aussi m’extasier un bon quart d’heure devant un lever de soleil, une lumière déclinante ou un oiseau sorti de son nid, au bout d’un moment, la vie réelle me rattrape et Joséphine m’exaspère.

Notre esthète cherche du beau, et du beau en tout et pour tout. Un bouquet à choisir, elle va rester près de trente minutes pour choisir… Une robe à acheter, je ne préfère même pas vous dire combien de temps elle va mettre pour la trouver ! Car, en plus d’être toujours dans la lune, Madame a un problème avec le choix. Se fixer et décider, pour elle, c’est loin d’être naturel ! Joséphine a souvent du mal à s’ancrer dans un réel qui l’encombre de choses futiles et l’éloigne du BEAU. Même dans le regard qu’elle pose sur les personnes, notre esthète contemplative cherche la petite chose qui va rendre une personne belle, la petite expression, le petit rictus qui va faire la différence, et, du coup, elle a bien du mal à hair les gens : «  Chacha, ne te contente pas de regarder par la petite lorgnette, chaque personne a du postif en elle … » . Belle leçon de vie me direz-vous ! Mais bon, j’avoue qu’elle est perchée !

C’est la seule personne que je connaisse qui a été capable de se lever avant l’aube  pour lire « Les cinq leçons sur la psychanalyse » de Freud devant un lever de soleil au bord d’un lac … A me relire, j’ai parfois l’impression de vous décrire ma cousine comme une sorte d’OVNI issue d’une secte élitiste et perchée. Or, il n’en est rien, c’est sa vraie personnalité. Elle a, je crois, hérité ce tempérament de mon oncle, un artiste qui manie les couleurs comme certains manie les dollars. César, même s’il adore « Jo » (son surnom à elle), ne peut s’empêcher de ricaner et de la chambrer : « La prochaine fois, demande à ta cousine de nous ramener son herbe miracle, pour planer comme ça, elle doit en boire dans son thé quotidien, c’est pas possible ! » : « Charlotte, elle nous em…(bip bip) ta cousine avec sa lubie de photographe ratée … » ; « Son bourgeon, elle n’a qu’à revenir le shooter demain, il l’attendra peut être lui ! ».

Et oui, il semble que ce ne soit pas si évident d’être dans son monde en permanence, mais, honnêtement, je ne suis pas sûre que « Jo » ait envie de changer. Elle plane tellement, que le regard des gens, elle s’en fout, et je pense qu’elle a bien raison.

 Attention toutefois à ne pas confondre notre esthète contemplative avec le personnage ataraxique et associal de Jean-Jacques Rousseau. Certes, tel le héros des « Réveries du promeneur solitaire » de Rousseau, Joséphine adhère à une vision philosophique du bonheur, proche de la contemplation, à une vie paisible, et surtout, une relation fusionnelle avec la nature, elle n’en demeure pas moins une personne très sociable, qui est certes un peu déconnectée du réel mais qui pour autant aime s’amuser, profiter de la vie, et prendre pleinement part à la vie en société. Elle se rapproche, peut être plus par son contact avec la nature, aux peintres naturalistes tels Vincent Van Gogh ou encore Paul Cézanne qui accordent une place primordiale au paysage, aux beautés de la nature.

En rentrant d’une de nos balades Joséphine, en regardant les nuages me dit : « Tu crois, qu’une fois arrivées là-haut, on verra encore mieux les beautés que la nature nous offre ? » … Je n’ai pas pu m’empêcher de lui sourire tout en me questionnant à mon tour, pour des gens comme elles : les codes ont-ils vraiment changé ?

Charlotte

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