Lescodesontchange

24 mars 2013

L’amie éphémère

Publié par lescodesontchange dans Non classé

N’avez-vous jamais connu dans votre vie, cette amitié fulgurante, qui débute sur des chapeaux de roues et s’essoufle tel un amour crespusculaire ? Violette est l’incarnation de cette amitié éphémère.

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J’ai connu Violette par le biais d’une amie commune : Bérénice. Toutes deux très proches, et quasiment fusionnelles, leur amitié tardive a demarré de façon subite. Pendant de nombreux mois, il était quasiment impossible et même inconcevable de voir Violette sans Bérénice. Entre les sorties aux musées, les vernissages, les sorties ciné, les virées shopping et spa : elles étaient inséparables, à tel point que César, avec sa finesse habituelle, les chambrait sur un possible coming-out ! 

De fait, nous nous étions habitués (et avec plaisir au demeurant) à inviter notre amie Bérénice avec son acolyte. Violette, jeune femme au sourire divin a tout pour elle : un job passionnant, des amants divers et variés, une conversation enrichissante et ouverte. Bref, il était toujours fort agréable de se retrouver en sa compagnie.

Cependant, en quelques mois, les relations entre Berénice et Violette se sont compliquées. Bérénice, célibataire de longue date, avait trouver l’amour au grand dam de Violette qui, elle, galérait toujours autant (ça fait un peu « Les Feux de l’amour » là pour le coup, mais je suis obligée de vous expliquer pour que vous compreniez). Certes Violette avait un succés fou, et lors de soirées arrosées, elle ne se privait d’ailleurs pas pour ramener dans sa tanière un bel étalon trouvé le soir même. Mais son souhait le plus cher était de se « caser ». De vivre enfin une histoire d’amour : « Comme vous, Charlotte et César ». Nous invitions souvent Violette chez nous, patargeant avec elle nos doutes, nos fous rires, nos soirées à méditer au doux son de guitare de mon cher César … Elle était vraiment devenue une amie. Et, je me plaisais d’ailleurs à remercier Bérénice de cette rencontre fortuite. Mais, car il y a toujours un mais…  cette belle idylle d’amitié fut de courte durée. Depuis la mise en couple de Berenice, notre amie éphémère paraissait tendue.

Elle nous sollicitait souvent sans le proposer à Bérénice. Lorsque je lui rétorquais naîvement : « Bérénice n’est pas dispo’ ce soir ? ». Elle semblait contente de nous voir sans elle, comme soulagée. N’étant pas d’un naturel possessif, je ne prêtais pas compte à cette dérive progressive. Je lui présentais à mon tour des amis proches avec qui elle sympathisait au point de faire réellement partie intégrante de notre bande, de nos bandes. Elle poussait même le vice jusqu’à inviter nos amis sans même nous le proposer : « Ce week end, je suis allée au ciné avec Violette, elle est super cette fille ! » me clamait mon meilleur ami il y a peu.

Elle s’immiscait en fait progressivement dans notre cercle d’amis en tentant petit à petit de le diviser. Cela aurait peut être du nous alerter, nous prouver que cette petite oie blanche était peut être en fait un aigle noir. Pourtant, du jour au lendemain, tel une hirondelle à la fin du printemps, notre amie éphémère s’est envolée. Bye bye les apéros du vendredi soir, bye bye les soirées filles à refaire le monde, bye bye les vernissages mondains … Après avoir pris chez nous (et surtout chez Bérénice) tout ce qui pouvait lui être utile, notre hirondelle a vogué vers d’autres nids surement plus coquets à son goût. « Le principal ennemi de l’amitié, ce n’est pas l’amour. C’est l’ambition. » dit Philippe Soupault. Etant surement pour le coup trop oies blanches, nous n’avons pas su voir la noirceur du rapace en elle, nous avons voulu croire en une amitié désintéressée et sincère. Les déceptions amicales sont parfois plus douloureuses que les ruptures amoureuses …

L’Histoire nous a révélé de nombreuses amitiés passionnées. Nous n’irons pas jusqu’à comparer notre amitié éphémère avec celle (très équivoque) entretenue par Verlaine et Rimbaud. C’est en 1871 que Rimbaud rencontre Verlaine, de façon fulgurante une amitié amoureuse va débuter entre eux et les conduire au tragique. Cette amitié va vite se transformer en amour coupable et interdit, Verlaine, marié, quittera sa femme pour son jeune amant poéte. Après de violentes disputes, Verlaine tirera deux coups de révolver sur Rimbaud. Leur romance prend fin. Zola et Cézanne vivront aussi une amitié sincère et pour le coup durable. Etonnante amitié entre ces deux artistes nouée dans l’enfance : Zola a pressenti le génie de Cézanne, il l’a encouragé. Puis, comme s’il avait reconnu en lui sa part maudite, ses doutes, sa difficulté à créer, il ne l’a plus supporté. Il le tue symboliquement dans « l’Oeuvre », roman dans lequel Cézanne se découvrira dans le portrait peu élogieux et complétement déformé de Claude Lanthier, artiste aigri par l’hostilité du public. Cette bévue scellera la fin de leur belle amitié. 

Alors, les amitiés éphémères font-elles en fait pleinement partie de notre vie sociale ? Sommes-nous finalement destinés à ne connaître que des amitiés pérennes et solides ? Et surtout ces amitiés éphémères ne sont-elles pas un tremplin vers autre chose dans nos vies ? Et si au final, ce genre d’amitié nous permettait aussi dans un certains sens d’avancer ? Les codes d’amitié doivent-ils finalement changer ? 

Charlotte

Une Réponse à “L’amie éphémère”

  1. Marionchocolat dit :

    La citation est très bien trouvée

Répondre à Marionchocolat Annuler la réponse.

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