Lescodesontchange

29 mars 2013

Le branleur du fond du bus

Publié par lescodesontchange dans Non classé

Je ne le connais pas … Mais je l’observe tous les jours … Vous aussi, d’ailleurs, vous en avez surement croisé un dans un transport en commun. Intrigué par ce jeune garçon, j’ai décidé un matin de l’approcher et de l’aborder : Il s’appelle Teddy.

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Ce matin, alors que le doux bruit du bus me berce tranquillement, le chauffeur marque un arrêt. Une musique puissante et rythmée s’engouffre alors dans le bus endormi et fait retourner les têtes des « cols blancs » et autres « tailleurs-talons ».

Le jeune homme, casquette vissée sur la tête, survêtement avec un logo à spirale bien apparent, démarche chaloupée et surtout téléphone portable hurlant de musiques, s’avance vers le fond du bus et s’installe dans la dernière rangée. Je décide de la suivre et m’installe juste en face de lui. Plusieurs minutes s’écoulent où je peux joyeusement profiter de la culture musicale qu’il m’offre gratuitement grâce au fait qu’il a décidé de ne pas porter d’écouteurs (peut-être pense-t-il que ces derniers peuvent être nocifs pour l’intérieur de ses oreilles ?). Petit extrait du chanteur qui exprime son mal être : « Mais de toutes manières, quoi qu’on y fasse, on est tous condamnés aux Assedic … ». Optimiste ; Un autre qui vomit sa haine : « Tous ces connards, faut les cramer, tous ces pédés, faut les enc… ». Poétique ; Un dernier qui met en avant son problème identitaire : « La France tout manière elle veut pas de nous, nous non plus et on lui chie dessus ». Patriote …

Bien entendu, au bout d’un moment, mon regard insistant fini par faire cesser ses hochements de tête compulsifs qui se calment à chaque fin de chanson. Il finit par me dire un très argumenté et respectueux : « Tu veux quoi, toi ?! ». Je décide alors de lui faire remarquer que, même si sa musique doit être fort agréable, le samedi soir, avec plusieurs grammes d’alcool dans le sang et pour bien entamer une longue soirée, mais à ce moment précis, elle est plus difficile à percevoir surtout à un volume trop élevé. Je le remercie quand même de vouloir nous ouvrir à sa culture musicale rythmée mais commune, mais chaque personne dans le bus est aussi en droit de rester dans le silence surtout le matin !

Une chance pour moi, il comprend un peu mon humour dans le sens où il ne se jette pas sur moi pour me rouer de coups ou pour insulter tous les membres de ma famille morts ou vivants. Il préfère enchaîner, sur une phrase courte, sur le fait que la société ne le comprend pas comme il ne comprend pas les jeunes : « Putain, c’est toujours pareil ! ». Je lui demande alors pourquoi se sent-il enfermé dans un carcan. Après m’avoir fait répéter et utiliser des synonymes à sa portée, il me dit : « De toutes manières, mes parents me font chier pour rien, mes profs me supportent pas, mon entraineur de foot dit que j’suis un branleur, le gardien de mon immeuble me met tout sur le dos dès qu’il y a un truc qui va pas … Bref, tous les adultes me font chier ! ».

Je décide alors de lui expliquer qu’il n’est pas le premier ni le dernier à s’élever contre la génération suivante. Ah, cette jeunesse qui pense tout savoir et qui veut pousser les  (plus) anciens vers la sortie … « Si jeunesse savait et si vieillesse pouvait » : le célèbre proverbe de Henri Estienne semble un éternel recommencement. Pour appuyer mon propos, je lui parle de l’épisode de Mai 68 : « Tu connais ? ». Je comprends que non à son regard ahuri, joliment entouré de boutons d’acné bien formés. Mai 68 désigne un ensemble de mouvements et manifestations survenus en France en Mai et Juin 1968. Il touche principalement les étudiants et les ouvriers. L’origine de ce mouvement est multiple : le contexte culturel, économique et surtout politique font éclater la crise dans la faculté de La Sorbonne : des CRS font évacuer de force des manifestants dans ce lieu symbolique. Cela provoque la colère des jeunes étudiants qui du 3 au 13 mai s’opposent  avec violence aux forces de l’ordre : les pavés et les barres de fer font face aux lacrymogènes et aux bâtons des CRS. Les slogans hostiles au régime du président De Gaulle foisonnent et lui reprochent de museler la jeunesse et d’avoir mis en place un régime césariste. Finalement, la crise s’essoufflera et le retour au calme se fera lentement. Mais la France ne sera plus la même.

« Alors, en fait, vous pensez que moi je vous agresse avec ma musique comme si je vous lançais un pavé en fait ? » me dit Teddy. Non pas jusque là, mais tu essayes de t’affirmer, d’exister comme ces jeunes qui voulaient qu’on ne les oublie pas. Il faut juste que tu comprennes que ton attitude, comme par exemple le fait que tu mettes tes pieds sur la banquette d’en face, peut choquer les adultes formatés que nous sommes.

« Mais alors je fais quoi avec ma musique ». Je lui propose alors d’essayer de la baisser et de la porter près de son oreille s’il ne supporte pas les écouteurs. Je termine en lui rappelant qu’il doit continuer à s’affirmer tout en respectant les autres. Fier de mes paroles, je me lève et lui tourne le dos en me doutant qu’il doit tendre vers moi toute sa gratitude (ou son majeur). J’avance d’un pas décidé pour me rendre compte que j’ai loupé mon arrêt … Tant pis, au moins je l’aurai amené à se questionner tout en continuant, moi, à me poser la rituelle : les codes ont-ils changé ?

César

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