Lescodesontchange

16 juin 2013

Le régionaliste lourdaud

Publié par lescodesontchange dans Non classé

Quelle soirée la semaine dernière … Je pensais en avoir rencontré des cas sociaux, mais là, ce Pierrick, il repousse toutes les limites … Présentation.

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Pierrick est un bon franchouillard de presque quarante ans. Originaire d’Alsace, il porte sur lui les stigmates des abus de la choucroute et de la bière. Au-delà de son embonpoint, il a une bonne bouille, vous savez ce visage qui vous paraît tout de suite sympathique, où il paraît impossible de trouver une once de méchanceté. C’est donc tout naturellement vers lui que nos regards se sont tournés, en arrivant chez nos amis : il faut dire qu’il dansait torse nu sur la table en hurlant des chansons paillardes. Une personne, observant nos visages médusés face à l’énergumène, s’est permise de nous dire : « Et encore, à cette heure, il est à jeun … ». La soirée s’annonçait forte en émotions.

Nous retrouvons Pierrick, alors que nous nous servons une sangria à la table centrale. Ne nous connaissant pas, il nous lance un discret « oh, mais je les connais pas ces deux là !! » (Toute la salle se retourne bien sur nous tant la voix de notre nouvelle connaissance a tendance à porter loin, ou alors il parle tout simplement fort !). Après de rapides présentations par l’hôte de la soirée, Pierrick enchaîne avec un : « Je me disais bien aussi, qu’ils étaient pas d’ici, fagotés comme ça et avec cet accent de parigot ». Charlotte et moi ne répondons que d’un sourire forcé et nous esquivons rapidement de la bête de scène. C’est certain que notre « accent » (On a un accent, Charlotte ?) doit un peu le dépayser tant le sien me rappelle mon voyage scolaire à Hambourg dans une famille allemande bien rigide ou encore mes virées d’étudiants à Berlin.

Improvisé DJ de la soirée, Pierrick nous fait découvrir son univers musical très porté sur les années 80 et … Patrick Sébastien : « Les gens, ils aiment trop ses chansons, ça met une ambiance !!! » me glisse-t-il à l’oreille, toujours torse nu, et en collant son gros torse velu et suant contre moi. En même temps, dans une soirée un peu « chicos » comme celle là, il aurait fallu plutôt tenter du lounge ou carrément ne pas inviter Pierrick !

Mais le clou de la soirée arrivait : rendu fort après avoir ingurgité une dizaine de pintes de bière, notre régionaliste lourdaud a montré son vrai visage : enfilant un maillot de sport (je dis ça car au début, je ne connaissais pas ce maillot et pourtant je suis amateur de football … à la télé !), il commence à entonner, avec quatre acolytes (ou alcooliques ou les deux), des chansons de stade bien graveleuses, où grossièretés et langage de rue tenaient la corde.

Descendant de son estrade et se rendant près de la table où j’étais appuyé, il me lance avec deux postillons : « Et toi, au fait t’es pour qui ? ». Je comprends alors que cette personne à deux doigts du coma éthylique me demande à quelle équipe de football j’accorde mes faveurs. Evoquant le club prestigieux de ma ville natale, il me coupe la parole par un : « Non, tu déconnes ?! Pas eux !! C’est presqu’aussi pire que Lille, Lyon ou Bordeaux !! ». Il se lance alors dans une explication peu claire (alcool oblige !) sur son équipe et surtout sur sa région : « La plus grande, le plus belle, la meilleure, qui a besoin de personne, où on trouve tout, où tout le monde il est beau et gentil. » Il me retient par le bras, sentant que je vais lui échapper et continue en comparant les autres régions de France qui ont toutes un désavantage que n’a pas sa région selon lui. Il conclut bien entendu par des propos indépendantistes complètement dépassés.

Parvenant à rejoindre Charlotte, je lui demande de me suivre vers la sortie avant que le Pierrick m’incite à signer une pétition pour la libération de l’Alsace.

En arrivant à la voiture, je constate sur mon Smartphone une demande d’ajout sur le célèbre réseau social à font bleu : Pierrick.

Les velléités indépendantistes ont toujours existé : en Corse, en Bretagne et dans le Pays Basque surtout, mais aucune région n’est vraiment épargnée par ces irréductibles arriérés, souvent xénophobes, qui pensent encore que la France est un Etat catastrophique et permissif et qu’il faut s’en détacher). Au Moyen-Age, les rois de France, comme François 1er, ont vite compris l’utilité d’unir le peuple de ces régions si différentes derrière des valeurs communes : ainsi, l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539 va obliger toutes les régions à publier les textes officiels en langue française. Pourtant, chaque région garde de nombreux pouvoirs, avec notamment les collectivités territoriales qui donnent une certaine autonomie aux régions. De plus, chaque région a ses particularités qui sont respectées en plus du droit français : en Alsace par exemple, le Concordat a été conservé. Ainsi, l’Eglise et l’Etat ne sont pas entièrement séparés, puisque la loi de séparation de 1905 n’a jamais été appliquée à l’Alsace, qui était alors sous domination allemande.

Pendant trois jours, il m’a harcelé en m’envoyant des demandes et des messages pour que je l’accepte parmi « mes amis » et en une heure il a fait 24 commentaires sur des photos ou lieux visités sur mon mur : « Tu verrais la cathédrale de Strasbourg, c’est autre chose !! » ; « La fête des lumières à Lyon ?? Tu veux un truc magique : viens voir nos marchés de noël en décembre !! » ; « Il y a qu’à la Meinau que le public est toujours derrière son équipe !! ». Heureusement, je me suis rappelé comment paramétrer afin de lui laisser le moins de chose possible à voir. J’aurais peut-être dû simplement répondre à ses commentaires : Les codes ne sont pas prêts de changer …

César

1 juin 2013

Le trop-plein d’amis

Publié par lescodesontchange dans Non classé

Matthieu, est un gars sympa. Il approche de la quarantaine, il a une vie agréable, un job passionnant, une femme aimante et aussi sympathique que lui. Cependant, car il y a toujours un « mais », Mathieu a un problème. Il souffre d’un mal chronique : il a un trop-plein d’amis.

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Vous devez surement vous dire qu’être entouré (et qui plus est, bien entouré) n’est pas un problème, bien au contraire. Toutefois, Matthieu ne sait pas vivre sans ses amis. Il est toujours le premier à proposer un séjour pittoresque que lui seul peut dégoter. Ainsi, n’est-il pas rare que nous recevions des mails annonçant : « Une semaine sur un voilier au large de la Croatie pour 200 euros par personne avec le cuisinier à bord ça vous branche ? ». Face à une offre si alléchante, autant vous dire qu’il est presque obligé de faire un casting pour savoir qui va pouvoir participer à leur petite escapade.  Matthieu, en plus d’être très serviable, sympathique, charmant et drôle a le don pour parler facilement à tout le monde. Combien de fois, il a réussi à se lier d’amitié avec des hommes ou femmes (au grand désespoir de sa femme Laura) dans la moindre soirée un peu arrosée ? Alors forcément, de fil en aiguille la liste de ses amis s’allonge …

Le problème vient du fait que Matthieu et Laura ont du mal à se retrouver tous les deux, toujours invités à droite et à gauche, constamment en train d’inviter leurs amis issus de divers groupes : ceux de l’école, ceux de la fac, ceux du boulot, ceux du sport, la famille … Bref leur vie sociale est pour le moins, bien remplie, trop remplie ? Car, souvent, Mathieu et Laura ne rêveraient que d’une soirée rien qu’à eux, un week end entier sans voir personne, juste à se prélasser sous leur couette. Alors parfois ils tentent l’expérience, mais bien vite leurs amis les rappellent à l’ordre : « Apéro barbecue demain soir, allez, venez il y aura Phil en plus que vous n’avez pas vu depuis longtemps … » ! Pris de remords, Matthieu, toujours altruiste décide de faire un « saut » chez son ami, « saut » qui va durer la soirée ! Parfois aussi, certains amis se vexent, ils veulent les voir plus souvent, mais Matthieu et Laura ne peuvent pas se dédoubler…  Alors ils refusent, quitte à vexer et à perdre aussi des amis proches. Mais c’est la rançon de leur « gloire » !

De plus, à trop vouloir mélanger leurs divers groupes d’amis, ils se retrouvent parfois dans des situations périlleuses. Ainsi n’est-il pas impossible de voir chez eux à la même table leur ancien pote de fac, intermittent du spectacle, et un ami chirurgien dentiste : les discussions peuvent vite s’échauffer et s’envenimer sur les différentes conceptions de la vie. Et voilà Matthieu essayant de faire tampon et tentant de ne blesser aucune susceptibilité entre l’un pro communiste et le second UMP de la première heure !

Matthieu peut être comparé au Roi soleil. Adulé et vénéré par toute une foule de courtisans il ne restait jamais seul. Même son lever était réglementé. Lors de l’« entrée de la chambre » : le grand aumônier escorté des aumôniers de service trimestriel, les ministres, les conseillers d’Etat, les maréchaux de France … et tant d’autres se pressent auprès du roi. Ce dernier en profite pour retirer sa robe de chambre, le maître et le premier valet de la garde-robe lui ôtent sa chemise de nuit, l’un par la manche droite, l’autre par la manche gauche. Puis ils lui passent une nouvelle chemise qui a été apportée par un fils de France ou le grand chambellan. Le roi se lève alors de son fauteuil, pour se reposer et on l’aide à ajuster son haut de chausse ; le grand-maître de la garde-robe ceint l’épée au roi, lui passe le reste des vêtements : la veste, le justaucorps et la cravate. Un véritable cérémonial !

Malgré cette pléiade de personnes, Louis XIV devait parfois se sentir seul et n’espérer qu’une chose : la tranquillité. Peut être que Matthieu devrait aussi apprendre à dire non, à savoir s’imposer des périodes de vraie solitude. Ainsi pourra-t-il prendre du recul et se poser les bonnes questions comme : les codes ont-ils changé ?

Charlotte

12 mai 2013

L’équilibriste social

Publié par lescodesontchange dans Non classé

La théorie des piliers … J’adore cette parabole … Elle nous vient de notre ami Edward, notre étude du jour !

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Edward n’a rien d’exceptionnel, pas un physique d’Apollon, pas un cerveau de génie, pas un métier exceptionnellement notable, pas une vie privée qui défraie la chronique ! Non, lui sa particularité, c’est sa philosophie : j’en parlais encore avec lui, cet après-midi, sur les pelouses ensoleillées d’un jardin municipal : Pour lui, le meilleur remède contre la morosité, le stress, la dépression, l’ennui, c’est de mettre en action la … pardon, « sa » théorie des piliers.

De quoi s’agit-il ? C’est très simple : pour comprendre, il aime prendre le problème à l’envers. Combien de gens n’ont dans leur vie qu’un seul but, qu’une seule envie, qu’un centre d’intérêt ? « Regarde Solène, quand ses enfants vont chez son ex-mari : elle reste cloitrée chez elle tout le week-end sans sortir, à regarder la montre ou à aller sentir les draps de ses marmots » ; « Et José ? Le jour où sa femme s’est barrée, tout s’est écroulé pour lui ! Elle était tout pour lui, une mère, une amie, une confidente, une femme ! Il a sombré dans l’alcoolisme et ne s’en remet que difficilement ! » ; « Si tu prends le cas de Gilles, c’est la même chose : le mec ne pensait qu’à ses courses d’endurance et se rendait sur un site différent tous les week-end : quand sa blessure l’a cloué chez lui, il a failli s’envoyer par la fenêtre ! ».

En fait, sa théorie est très simple mais vraiment efficace : « pour vivre heureux, vivons cachés » clamait le philosophe Jean-Pierre Claris de Florian. Edward lui pense que « pour vivre heureux, soyons diversifiés ! ».

En effet, toutes ces personnes, dont on parlait ci-dessus, n’ont qu’un seul pilier dans leur vie : c’est celui la même, la condition sine qua none à leur bonheur et à leur bien-être. Le jour où il s’effrite ou pire qu’il s’effondre : la vie n’a plus de sens pour eux !

Donc, si vous voulez être heureux, il faut avoir plusieurs piliers qui soutiennent votre existence : Ca peut être votre femme (ou/et) vos enfants, votre famille, vos amis (qui peuvent eux aussi constituer plusieurs piliers différents car on sait tous que toutes les amitiés ne durent pas forcément), votre boulot, votre sport, votre loisir préféré (moto, écriture, peinture, photographie, nature, …).

Selon Edward, toutes les personnes qui, comme lui, ont plusieurs piliers pour soutenir leur existence, font face avec plus de vigueur aux problèmes et aux aléas de la vie : « Votre femme s’est barrée avec votre patron ? Deux piliers qui s’effritent … Partez faire du sport pour vous changer les idées et allez vous jeter une bonne bière avec vos potes après l’effort ! » ; « Vous vous êtes faits  virer de ce job que vous pensiez être l’occasion professionnelle de votre vie ? Allez trouver du réconfort dans les bras de votre chère et tendre ou dans l’écoute affectueuse de vos parents ! ».

Selon lui, chaque individu a ses propres piliers qu’il bâtit au fur et à mesure de son existence et qui doivent l’aider à faire face aux coups durs de la vie. Edward me fait beaucoup penser à ces philosophes qui prônent la raison  avant tout pour le développement de l’homme.  Forcément, cette raison s’oppose avec force aux passions : Tous les philosophes classiques, de Platon à Kant, ont dénoncé avec ferveur les passions. Elles seraient mauvaises en soi, vicieuses, irrationnelles, etc. Il faudrait donc s’en débarrasser afin de vivre bien, de vivre une vie d’homme.

Cela rejoint un peu la philosophie d’Edward qui pense qu’il ne faut pas s’enfermer dans une seule passion, mais continuer de développer (avec raison) d’autres centres d’intérêt afin de prévoir les aléas de sa vie. Mais même si Edward semble armé pour parer à tous les coups durs de la vie, qui sait comment il réagira lorsqu’un vrai bouleversement surviendra dans sa vie ? A ce moment, il se posera la question : les codes ont-ils changé ?

César

28 avril 2013

Le lourdaud « Monsieur-je-sais-tout »

Publié par lescodesontchange dans Non classé

Hier, lors d’une  séance chez mon kiné, j’ai encore eu l’immense joie de croiser Sam.

Le lourdaud

Sam, grand brun dégarni, qui doit avoisiner les quarante-cinq ans est plombier de formation. Lors de notre première discussion, je l’ai trouvé sympathique. Avenant, souriant, et très bavard, il gagne pourtant à ne pas être connu.

En effet, toujours un peu naîve et trop gentille, je n’ai pas vu venir le lourdaud qui se tapissait dans l’ombre. Cela a débuté par des petits compliments : « Charlotte, votre petit haut de fitness vous va à ravir … Si je vous croisais dans une soirée, je serai le premier à venir vous draguer… et blablabla … ». Bref, pour le plus grand amusement de mon kiné, j’étais devenue la cible de ce don Juan de cabinet.

Là où l’histoire commence vraiment à être pénible, c’est que non content de me réclamer auprès du kiné (même les jours où je n’ai pas de séances prévues), notre lourdaud en chef ne peut s’empêcher, lorsqu’il me voit ou m’entend, de venir me saluer dans mon petit box pourtant fermé par des rideaux ! Et là, s’en est assez, il outrepasse mon intimité !

Lors d’une discussion avec  mon kiné, Sam, parqué dans le box voisin, n’a pu s’empêcher de me demander, si pour effectuer mon job j’ai eu besoin d’un CAP ? Non mais je rêve !! Il n’y a pas de sous-métier, mais après avoir effectué de nombreuses années d’études universitaires pour entendre un blaireau se vanter de pouvoir : « prendre ma place, puisque mon boulot ne doit pas être si difficile au demeurant » ; alors là il pousse le bouchon vraiment loin ! Blessée dans mon orgueil, je lui rétorque que le CAP n’est pas vraiment la voie royale pour envisager d’exercer mon boulot !

Car loin, de se contenter de ses remarques déplacées et vexantes, il a réponse à tout (ou du moins il le croit !). Mon kiné me fait une remarque sur la méthode à envisager pour ma pathologie, et voilà notre lourdeau en chef, qui me propose, compte tenu de sa formation qualifiante de pseudo-ostéopathe (je rappelle qu’il est plombier !) de me manipuler, gratuitement pour améliorer ma pathologie et de rajouter : « Tu pourras rester en sous-vétements si tu le souhaites ». Non mais quel taré ! Il croit vraiment que je vais confier mon genou, ou je ne sais quoi d’autre à ses mains perverses ?!

 Le lourdaud en chef  a toujours réponse à tout et même quand il ne sait pas (c’est bien ça le drame !).Une discussion sur les derniers matchs du master séries de Monte Carlo, le voilà affable au possible sur les dernières prouesses de Nadal (entrecoupées de nombreuses informations erronées au passage). Il est vraiment sûr qu’il a au moins une fois dans sa vie regarder un match de tennis ?!

Souvent, aussi, il se sent obligé de parler de sa vie personnelle à qui veut bien l’écouter (mince, c’est encore pour moi …) : « L’autre jour la capote de ma voiture s’est arrachée » … et blablabla … Par politesse, je feins d’écouter et de compatir à ses misères, mais quand plus de quinze jours après il me relance, entre deux foulées d’eliptique, sur sa capote enfin reparée par un carrossier très professionnel, alors là j’avoue que je ne me souviens même plus de la teneur de notre discussion , et je n’ai qu’une envie, lui crier : «  Mais tu vas pas te taire b…. (bip bip !) ».  Zen !

Par son coté, affable et surtout « Monsieur je-sais-tout, notre cher lourdaud se rapproche des pédants du XVIIIème. Etymoloquiquement, le pédant est «  celui qui fait étalage de son savoir de manière prétentieuse, celui qui affecte de faire la leçon à tout le monde ».  Molière, en son temps, dans sa pièce de théâtre, « Les femmes savantes », s’est moqué de ces pédants qui papillonnaient autour du roi.  Dans cette pièce, Trissotin, se vante d’être un grand connaisseur en lettres et en sciences, mais n’est qu’un pédant tout juste bon à faire des vers ridicules que seules Philaminte, Bélise et Armande apprécient. Trissotin, dans cette pièce satirique est rejoint par un autre pédant, Vadius, qui deviendra son rival en pédantisme et va surenchir dans les excés pour impressionner les « femmes savantes ». 

Alors notre Sam est un peu ( certainement sans le savoir), le descendant de ces pédants d’Ancien Régime, prêt à tout pour impressionner, quitte à en devenir ridicule. Il ne se rend certainement pas compte qu’à trop vouloir en faire, il perd toute crédibilité, et irrite plus qu’il ne suscite l’interêt. Mais une question demeure en suspens : face à ce genre d’énerguméne, les codes pourront-ils un jour changer ?

Charlotte

12 avril 2013

Le meilleur espoir …

Publié par lescodesontchange dans Non classé

Qui n’a pas dans son entourage ce gars reconnu pour toutes ces qualités, bourré de talent, mais qui reste à ce jour, inconnu de tous et ne s’en plaint pas pour autantLuc est notre homme du jour.

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Il s’amuse à dire que tout petit déjà, tout le monde lui trouvait des qualités et tombait sous le charme de son sourire enjôleur et de ses yeux bleus perçants. A la crèche, les assistantes étaient toutes sous le charme de ce petit blondinet à la fois serviable et solidaire de ses petits camarades : « Quel amour ! Ca deviendra quelqu’un de bien, je vous le dis ! ». Dans la rue aussi, il était la coqueluche des petites mamies qui attrapaient ses joues rondes et s’exclamaient sur sa beauté. Ses parents rient encore aujourd’hui d’une phrase, emplie de tristesse, qu’il avait prononcé un soir d’automne en rentrant : « Aujourd’hui, personne ne m’a dit que j’étais beau ou gentil … ».

Plaire aux autres. Etre une fierté pour tous ses proches. Cela allait devenir son leitmotiv. A l’école, ses maîtresses avaient bien cerné le personnage ambigu de Luc. Les appréciations sur ces bulletins scolaires revenaient toujours à dire : « Garçon plaisant et travailleur. Toujours motivé et prêt à rendre service. Mais doit se méfier de son côté rêveur qui le pénalise dans ses résultats ». Eh oui, son grand malheur, et il ne pouvait le cacher, c’est que Luc était un indécrottable utopiste. En classe, il regardait une affiche avec une cascade et il s’imaginait en train de dévaler en kayak des tumultes aquatiques. Le professeur parle de l’Himalaya ? Le voilà parti dans son imaginaire au milieu d’une cordée dangereuse sous le froid et le vent … La géographie allait devenir sa passion qui lui permettrait sans cesse de s’évader.

Ayant franchi toutes les étapes de sa scolarité sans trop de difficulté, il se fit remarquer à la faculté pour son appétence à monter des projets importants qu’il menait d’une main de maître et aussi pour sa curiosité et son sens de l’écoute. Forcément, toute sa famille était fière de pouvoir suivre son avancée universitaire, d’autant plus qu’il était le premier de sa génération familiale à atteindre un haut niveau d’étude : « Il fera de grandes choses ce petit … » ; « Quel modèle pour ces petits cousins et cousines » ; « Prends donc exemple sur ton grand frère » … pouvait-on entendre lors des repas de famille.

Parvenu à intégrer un célèbre mensuel géographique à la fin de ses études de journalisme, il ne tarda pas, rapidement, à se faire connaître de tous dans son entreprise : chacun voulait travailler avec le jeune espoir qui était reconnu de tous comme un travailleur acharné qui n’abandonnait jamais une tâche commencée. Combien de fois s’est-il vu confier des tâches dans lesquelles personne ne voulait se lancer ? Lui aussi sentait la dureté de la tâche, mais la simple idée de sortir triomphant de cette dernière, lui faisait lever la main alors que tout le monde avait le regard fuyant devant la requête du rédacteur en chef.

Et puis, un jour, il a dit qu’il allait partir, se lancer dans un nouveau défi, dans une autre entreprise. Où ? Il ne le savait pas encore. Est-ce l’argent qui l’attirait vers d’autres cieux ? Non, il trouvait juste qu’il n’avait plus rien à prouver ici et qu’il avait besoin de se lancer un nouveau défi.

Luc me fait beaucoup penser à ce héros du film : « Into the wild ». Avide de liberté et de changement, il ne veut pas s’enliser dans une vie trop facile ou acquise. Cette longue citation résume bien l’esprit du personnage : « Je pense que tu devrais changer radicalement de vie et te mettre à faire courageusement des choses que tu n’aurais jamais pensé faire, ou que tu as trop hésité à essayer. Il y a tant de gens qui ne sont pas heureux et qui, pourtant, ne prendront pas l’initiative de changer leur situation parce qu’ils sont conditionnés à vivre dans la sécurité, le conformisme et le conservatisme, toutes choses qui te semblent apporter la paix de l’esprit. Mais rien n’est plus nuisible à l’esprit aventureux d’un homme qu’un avenir assuré (…).

Alors, Luc, dont on a plus entendu parlé, est-il devenu à nouveau un jeune espoir là où il vit ? Et plus tard, en maison de retraite, sera-t-il encore le meilleur des grands-pères, le plus sympathique des vieillards, le plus solidaire des pépés ? Le jeune espoir renaîtra-t-il encore une fois ? Mais surtout, on continuera de se poser la question : les codes ont-ils changé ?

César

7 avril 2013

La vieille chouette aigrie

Publié par lescodesontchange dans Non classé

Dimanche dernier, nous étions tranquillement attablés au restaurant quand, tout à coup, suite à quelques cris étouffés d’enfants, un hululement aigu et sonore, telle une buse se ruant sur sa proie, vint de la table d’à coté. La vieille peau allait débuter sa pièce de théâtre. Pour la facilité de la narration, nous l’appellerons … Solange.

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Jusqu’à ce cri strident, nous n’avions pas porté cas à ce couple de petits vieux attablé dans ce restaurant  bon chic bon genre et plutôt huppé. Mais pourquoi ce cri strident ? Un malaise ? Une syncope ? Une crise de jalousie envers son Norbert lorgnant sur le décolleté plongeant de la serveuse ? Non, rien de tout cela. Il semble que Solange ai une allergie : l’allergie aux enfants.

En effet, ses cris étaient destinés à faire taire deux bambins (assez sages d’ailleurs) prenant le repas dominical avec leurs parents. J’avoue que le : « Mais enfin faîtes les taire ! C’est honteux !  Ils dérangent tout le monde » au beau milieu de la douce rengaine d’un des derniers CD d’hôtel Costes, détonnait un peu avec l’ambiance cosy et agréable du lieu.  « Ah non vieille peau, il ne te dérange qu’à toi » semblait être la réponse interne de l’assemblée à la fois choquée et médusée.

En y repensant, déjà en début de repas, notre vieille chouette avait commencé à s’exciter alors que le volume sonore de la véranda devait à peine avoisiner les 40 décibels. Mais, ce cri perçant, subit, mis un froid dans tout le restaurant. Pour clôturer le tout, je compris la mesure de notre vieille chouette lorsqu’elle se levait.

Fermez les yeux et imaginez notre vieille corneille vêtue d’un horrible pantalon en lin moutarde, d’une veste bariolée digne des pires collections de Desigual, d’une étole affreuse, et d’une coupe de cheveux à faire pâlir d’envie Jeanne d’Arc et Yvette Horner réunies ! Tout s’éclaira à la lampe d’Agathe : Notre vieille chouette était une originale, une vieille artiste (ratée ?) peut être. Mais une artiste aigrie, acariâtre et « bambinophobe ».

Norbert, tel un vieux corbeau, portait un immonde chapeau, semblable à celui de Bourvil dans le Corniaud, une chemise rouge moirée et un pantalon en velours assorti à sa chemise. Bref, en les observant de plus près, je me penche vers César et lui susurre : «  Tu vois, pourquoi, il est radical et vital que l’on ai des enfants ! Pas envie de finir comme ces deux vieilles chouettes traumatisés par le moindre bruit ».

Le plus rigolo, fût le départ de cette vieille corneille, qui, se faisant reprendre de volée par le serveur alors qu’elle sortait un cigare en plein restaurant, avant de se faire apostropher par le père des enfants : « Madame, votre attitude est inacceptable, ceux ne sont que des enfants, si vous n’aimez pas le bruit, vous n’avez qu’à vous cloîtrer dans une maison de retraite spécialisée dans le traitement des acouphènes, ça nous fera des vacances … » .

Et bing ! Bien dit !  Alors, en réfléchissant un peu, je me dis que ce n’est peut être pas anodin, si en ce beau jour de repas Pascal, notre vieille chouette déjeunait seule avec sa corneille de mari (ou d’amant qui sait !). Peut être ont-ils des enfants, petits-enfants et même arrières-petits-enfants qui, devant tant de mesquinerie, ne souhaitent plus les voir, ou du moins, juste à Noël, pour leur faire signer le chèque.

Alors, à la vue de ces énergumènes une question me taraude : Peut-on devenir une vieille conne ou bien faut-il déjà être une jeune conne pour cette douce transition à l’âge mûr ? Subtil questionnement !

A la vue de Solange, on ne peut que songer au célèbre film d ‘Etienne Chatiillez « Tatie Danielle » qui nous dépeint la vie de cette affreuse mégère, À 82 ans, Danielle Billard est la grand-tante qu’on souhaiterait ne pas avoir. Odieuse, mesquine, voleuse, menteuse, capricieuse, elle en fait voir de toutes les couleurs à sa domestique, Odile, puis à ces neveux qui vont vivre l’enfer avec elle.

Dans l’Histoire, Annie Pétain, épouse du maréchal peut incarner aussi cette vieille garce que tout le monde déteste. Pour l’historien Jean-Yves Le Naour, la mère Pétain est « une vieille femme acariâtre et prétentieuse qui a pris des habitudes de grandeur au bon temps de Vichy ». Après avoir rappelé que les nostalgiques du pétainisme ont voulu faire d’elle « une icône de douceur et de dévouement », il dit qu’elle a « la méchanceté dans la peau ». Il écrit même dans son journal intime en octobre 1945 : « Quelle garce ! Avec quel plaisir je lui botterais les fesses ».

Alors, la méchanceté et « l’aigrie’s attitude » ne sont peut être pas innées, mais je pense qu’il y a une bonne dose de prédisposition dès le plus jeune âge. Vieux con un jour… vieux con toujours pourrait être un bon adage !

La question se pose toujours : Les codes ont-ils changé ?

Charlotte

 

29 mars 2013

Le branleur du fond du bus

Publié par lescodesontchange dans Non classé

Je ne le connais pas … Mais je l’observe tous les jours … Vous aussi, d’ailleurs, vous en avez surement croisé un dans un transport en commun. Intrigué par ce jeune garçon, j’ai décidé un matin de l’approcher et de l’aborder : Il s’appelle Teddy.

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Ce matin, alors que le doux bruit du bus me berce tranquillement, le chauffeur marque un arrêt. Une musique puissante et rythmée s’engouffre alors dans le bus endormi et fait retourner les têtes des « cols blancs » et autres « tailleurs-talons ».

Le jeune homme, casquette vissée sur la tête, survêtement avec un logo à spirale bien apparent, démarche chaloupée et surtout téléphone portable hurlant de musiques, s’avance vers le fond du bus et s’installe dans la dernière rangée. Je décide de la suivre et m’installe juste en face de lui. Plusieurs minutes s’écoulent où je peux joyeusement profiter de la culture musicale qu’il m’offre gratuitement grâce au fait qu’il a décidé de ne pas porter d’écouteurs (peut-être pense-t-il que ces derniers peuvent être nocifs pour l’intérieur de ses oreilles ?). Petit extrait du chanteur qui exprime son mal être : « Mais de toutes manières, quoi qu’on y fasse, on est tous condamnés aux Assedic … ». Optimiste ; Un autre qui vomit sa haine : « Tous ces connards, faut les cramer, tous ces pédés, faut les enc… ». Poétique ; Un dernier qui met en avant son problème identitaire : « La France tout manière elle veut pas de nous, nous non plus et on lui chie dessus ». Patriote …

Bien entendu, au bout d’un moment, mon regard insistant fini par faire cesser ses hochements de tête compulsifs qui se calment à chaque fin de chanson. Il finit par me dire un très argumenté et respectueux : « Tu veux quoi, toi ?! ». Je décide alors de lui faire remarquer que, même si sa musique doit être fort agréable, le samedi soir, avec plusieurs grammes d’alcool dans le sang et pour bien entamer une longue soirée, mais à ce moment précis, elle est plus difficile à percevoir surtout à un volume trop élevé. Je le remercie quand même de vouloir nous ouvrir à sa culture musicale rythmée mais commune, mais chaque personne dans le bus est aussi en droit de rester dans le silence surtout le matin !

Une chance pour moi, il comprend un peu mon humour dans le sens où il ne se jette pas sur moi pour me rouer de coups ou pour insulter tous les membres de ma famille morts ou vivants. Il préfère enchaîner, sur une phrase courte, sur le fait que la société ne le comprend pas comme il ne comprend pas les jeunes : « Putain, c’est toujours pareil ! ». Je lui demande alors pourquoi se sent-il enfermé dans un carcan. Après m’avoir fait répéter et utiliser des synonymes à sa portée, il me dit : « De toutes manières, mes parents me font chier pour rien, mes profs me supportent pas, mon entraineur de foot dit que j’suis un branleur, le gardien de mon immeuble me met tout sur le dos dès qu’il y a un truc qui va pas … Bref, tous les adultes me font chier ! ».

Je décide alors de lui expliquer qu’il n’est pas le premier ni le dernier à s’élever contre la génération suivante. Ah, cette jeunesse qui pense tout savoir et qui veut pousser les  (plus) anciens vers la sortie … « Si jeunesse savait et si vieillesse pouvait » : le célèbre proverbe de Henri Estienne semble un éternel recommencement. Pour appuyer mon propos, je lui parle de l’épisode de Mai 68 : « Tu connais ? ». Je comprends que non à son regard ahuri, joliment entouré de boutons d’acné bien formés. Mai 68 désigne un ensemble de mouvements et manifestations survenus en France en Mai et Juin 1968. Il touche principalement les étudiants et les ouvriers. L’origine de ce mouvement est multiple : le contexte culturel, économique et surtout politique font éclater la crise dans la faculté de La Sorbonne : des CRS font évacuer de force des manifestants dans ce lieu symbolique. Cela provoque la colère des jeunes étudiants qui du 3 au 13 mai s’opposent  avec violence aux forces de l’ordre : les pavés et les barres de fer font face aux lacrymogènes et aux bâtons des CRS. Les slogans hostiles au régime du président De Gaulle foisonnent et lui reprochent de museler la jeunesse et d’avoir mis en place un régime césariste. Finalement, la crise s’essoufflera et le retour au calme se fera lentement. Mais la France ne sera plus la même.

« Alors, en fait, vous pensez que moi je vous agresse avec ma musique comme si je vous lançais un pavé en fait ? » me dit Teddy. Non pas jusque là, mais tu essayes de t’affirmer, d’exister comme ces jeunes qui voulaient qu’on ne les oublie pas. Il faut juste que tu comprennes que ton attitude, comme par exemple le fait que tu mettes tes pieds sur la banquette d’en face, peut choquer les adultes formatés que nous sommes.

« Mais alors je fais quoi avec ma musique ». Je lui propose alors d’essayer de la baisser et de la porter près de son oreille s’il ne supporte pas les écouteurs. Je termine en lui rappelant qu’il doit continuer à s’affirmer tout en respectant les autres. Fier de mes paroles, je me lève et lui tourne le dos en me doutant qu’il doit tendre vers moi toute sa gratitude (ou son majeur). J’avance d’un pas décidé pour me rendre compte que j’ai loupé mon arrêt … Tant pis, au moins je l’aurai amené à se questionner tout en continuant, moi, à me poser la rituelle : les codes ont-ils changé ?

César

24 mars 2013

L’amie éphémère

Publié par lescodesontchange dans Non classé

N’avez-vous jamais connu dans votre vie, cette amitié fulgurante, qui débute sur des chapeaux de roues et s’essoufle tel un amour crespusculaire ? Violette est l’incarnation de cette amitié éphémère.

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J’ai connu Violette par le biais d’une amie commune : Bérénice. Toutes deux très proches, et quasiment fusionnelles, leur amitié tardive a demarré de façon subite. Pendant de nombreux mois, il était quasiment impossible et même inconcevable de voir Violette sans Bérénice. Entre les sorties aux musées, les vernissages, les sorties ciné, les virées shopping et spa : elles étaient inséparables, à tel point que César, avec sa finesse habituelle, les chambrait sur un possible coming-out ! 

De fait, nous nous étions habitués (et avec plaisir au demeurant) à inviter notre amie Bérénice avec son acolyte. Violette, jeune femme au sourire divin a tout pour elle : un job passionnant, des amants divers et variés, une conversation enrichissante et ouverte. Bref, il était toujours fort agréable de se retrouver en sa compagnie.

Cependant, en quelques mois, les relations entre Berénice et Violette se sont compliquées. Bérénice, célibataire de longue date, avait trouver l’amour au grand dam de Violette qui, elle, galérait toujours autant (ça fait un peu « Les Feux de l’amour » là pour le coup, mais je suis obligée de vous expliquer pour que vous compreniez). Certes Violette avait un succés fou, et lors de soirées arrosées, elle ne se privait d’ailleurs pas pour ramener dans sa tanière un bel étalon trouvé le soir même. Mais son souhait le plus cher était de se « caser ». De vivre enfin une histoire d’amour : « Comme vous, Charlotte et César ». Nous invitions souvent Violette chez nous, patargeant avec elle nos doutes, nos fous rires, nos soirées à méditer au doux son de guitare de mon cher César … Elle était vraiment devenue une amie. Et, je me plaisais d’ailleurs à remercier Bérénice de cette rencontre fortuite. Mais, car il y a toujours un mais…  cette belle idylle d’amitié fut de courte durée. Depuis la mise en couple de Berenice, notre amie éphémère paraissait tendue.

Elle nous sollicitait souvent sans le proposer à Bérénice. Lorsque je lui rétorquais naîvement : « Bérénice n’est pas dispo’ ce soir ? ». Elle semblait contente de nous voir sans elle, comme soulagée. N’étant pas d’un naturel possessif, je ne prêtais pas compte à cette dérive progressive. Je lui présentais à mon tour des amis proches avec qui elle sympathisait au point de faire réellement partie intégrante de notre bande, de nos bandes. Elle poussait même le vice jusqu’à inviter nos amis sans même nous le proposer : « Ce week end, je suis allée au ciné avec Violette, elle est super cette fille ! » me clamait mon meilleur ami il y a peu.

Elle s’immiscait en fait progressivement dans notre cercle d’amis en tentant petit à petit de le diviser. Cela aurait peut être du nous alerter, nous prouver que cette petite oie blanche était peut être en fait un aigle noir. Pourtant, du jour au lendemain, tel une hirondelle à la fin du printemps, notre amie éphémère s’est envolée. Bye bye les apéros du vendredi soir, bye bye les soirées filles à refaire le monde, bye bye les vernissages mondains … Après avoir pris chez nous (et surtout chez Bérénice) tout ce qui pouvait lui être utile, notre hirondelle a vogué vers d’autres nids surement plus coquets à son goût. « Le principal ennemi de l’amitié, ce n’est pas l’amour. C’est l’ambition. » dit Philippe Soupault. Etant surement pour le coup trop oies blanches, nous n’avons pas su voir la noirceur du rapace en elle, nous avons voulu croire en une amitié désintéressée et sincère. Les déceptions amicales sont parfois plus douloureuses que les ruptures amoureuses …

L’Histoire nous a révélé de nombreuses amitiés passionnées. Nous n’irons pas jusqu’à comparer notre amitié éphémère avec celle (très équivoque) entretenue par Verlaine et Rimbaud. C’est en 1871 que Rimbaud rencontre Verlaine, de façon fulgurante une amitié amoureuse va débuter entre eux et les conduire au tragique. Cette amitié va vite se transformer en amour coupable et interdit, Verlaine, marié, quittera sa femme pour son jeune amant poéte. Après de violentes disputes, Verlaine tirera deux coups de révolver sur Rimbaud. Leur romance prend fin. Zola et Cézanne vivront aussi une amitié sincère et pour le coup durable. Etonnante amitié entre ces deux artistes nouée dans l’enfance : Zola a pressenti le génie de Cézanne, il l’a encouragé. Puis, comme s’il avait reconnu en lui sa part maudite, ses doutes, sa difficulté à créer, il ne l’a plus supporté. Il le tue symboliquement dans « l’Oeuvre », roman dans lequel Cézanne se découvrira dans le portrait peu élogieux et complétement déformé de Claude Lanthier, artiste aigri par l’hostilité du public. Cette bévue scellera la fin de leur belle amitié. 

Alors, les amitiés éphémères font-elles en fait pleinement partie de notre vie sociale ? Sommes-nous finalement destinés à ne connaître que des amitiés pérennes et solides ? Et surtout ces amitiés éphémères ne sont-elles pas un tremplin vers autre chose dans nos vies ? Et si au final, ce genre d’amitié nous permettait aussi dans un certains sens d’avancer ? Les codes d’amitié doivent-ils finalement changer ? 

Charlotte

15 mars 2013

Le religio-phobe

Publié par lescodesontchange dans Non classé

On en a tous dans son entourage … oui, un personnage sympathique et authentique qui, dès qu’on le branche sur un sujet qui touche de près à la religion, s’enflamme tel que l’on se croirait aux repas de famille de fin d’année … Voici l’histoire de Serge.

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Serge est un miraculé … Du moins, c’est ce qu’il dit. Mais un miraculé de la religion : petit, sa mère l’obligeait à aller à la messe tous les dimanches et pour les jours de fêtes chrétiennes. Et il lui en a voulu … À croire que sentir les vieilles odeurs d’encens et verser de l’eau sur les vieilles mains du curé de son village ont fini par détruire toute sa capacité d’ouverture vers la et les religions.

En effet, Serge ne peut pas vous laisser finir une phrase si elle contient les mots « Dieu », « Eglise », « croyances », ou autres termes à forte connotation religieuse. Combien de fois l’ai-je entendu s’étonner devant un collègue qui lui avouait avoir une pratique modérée de sa religion : « Mais Serge, je suis pas pratiquant, je fais juste ça quand on fait le repas de famille, c’est plus de la tradition … ». Et là, notre religio-phobe qui se lance dans son habituel discours « progressiste » sur les méfaits de la religion : « Mais comment tu peux accepter, ça ?! La religion, ça bouffe les hommes depuis des siècles ! C’est le moyen qu’ont trouvé les puissants pour asservir le peuple derrière un gros barbu, qui sur son nuage, aurait inventé le monde ! Non, ne me dis pas que tu crois en ça … Pas toi, un mec aussi brillant ! ».

Forcément, il ne s’est pas fait que des copains en sortant ses propos parfois limites sur les pratiques religieuses des uns et des autres. Surtout que dans son bureau, il adore afficher les « unes » les plus provocatrices de certains journaux satiriques. Moi, ça ne me dérange pas qu’il affiche ce qui lui chante ; là où il va trop loin, c’est quand il se permet d’apostropher ses « victimes » (définition : personnes dont il connaît l’attachement à la religion et la certaine pratique) en les invitant à venir voir ces caricatures …

Le plus désobligeant, c’est que quand on lui fait une remarque, il est toujours sur la défensive et prend ça comme une agression : « Ca y est, dès qu’on touche au sacré, le bon Dieu envoie ses angelots pour frapper le dissident !! Mais moi, vous ne me ferez pas plier ». Mais le jour où il a osé critiquer directement ce jeune stagiaire qui demandait un jour de congé pour une fête religieuse, j’ai été obligé d’intervenir : « Tu vas trop loin Serge, il a le droit de prendre des congés : il est juste honnête et te dit la raison pour laquelle il veut ce jour. » Et là, il me répond, toujours plein d’aplomb : « Mais justement, il a pas à me le dire : on vit dans une société laïque, la religion ne devrait pas apparaître ! La loi de 1905, ça te dit rien ?? ».

Oh si Serge, ça me parle cette loi de 1905 : cette loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat fut prononcée dans un contexte bien particulier où la République (la IIIème) avait encore du mal à s’imposer dans une France encore très marquée par la monarchie et les tentatives d’empire. La religion catholique, puisque c’est surtout elle qui était visée par cette loi, apparaissait alors comme le support permanent de l’Ancien Régime puisque l’on parlait alors de monarchie de droit divin. De plus, les écoles étaient quasiment toutes contrôlées par la religion, farouche opposante à la Révolution Française (mère de la République). Le nouvel Etat républicain décidait donc de renvoyer les curés et les moines à leur prière pour y mettre des professeurs formés à la sauce républicaine (les fameux « Hussard noirs de la République »). Mais, dans cette loi de 1905 qui met une distance entre l’Etat et l’Eglise (dans le sens où le premier ne finance plus la dernière), il n’est en aucun cas question de remettre en cause la pratique religieuse de chacun : ce sont les débuts de la liberté de conscience qui ouvre la possibilité aux autres religions d’exister et de cohabiter pacifiquement en France.

Mais ça le Serge, il veut pas l’entendre : ancré dans ses positions anti – religieuses, il finit même par en devenir intolérant : pourquoi chacun ne pourrait-il pas pratiquer librement sa religion tant qu’il ne gène pas son voisin ? A cette question, il répond qu’à l’époque où la science peut tout expliquer, seuls les imbéciles peuvent continuer de croire que Dieu a tout inventé et que l’homme descend d’Adam et d’Eve …

Difficile de pouvoir donc entamer une discussion argumentée avec un tel personnage. Pourtant les temps ont changé, la République est bien ancrée dans notre pays, mais certains codes vont-ils finir par changer ?

César

10 mars 2013

La boute-en-train chronique

Publié par lescodesontchange dans Non classé

Qui n’a jamais connu dans son entourage cette fille boute-en-train qui paraît mordre la vie par les deux bouts en permanence ? Elena est notre invitée du jour.

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Elena, jeune infirmière de trente–cinq ans a toujours une pêche folle. Entre son métier, pourtant harassant, sa vie de célibataire très (trop ?) remplie, sa vie sociale qui l’empêche d’avoir une seule soirée pour elle toute seule cinquante-deux semaines l’an, elle ne chôme pas. Ce qui est étonnant avec Elena c’est sa bonne humeur permanente et à la limite du chronique. Toujours prête à sortir, à rendre service, à suivre dans n’importe quelle expérience aussi farfelue soit-elle, notre boute-en-train est toujours d’humeur égale. Il semble que ni le temps, ni la fatigue, ni le moral n’ait d’emprise sur elle. Elle se surnomme elle-même la reine de la « bonne ambiance » et le pire, c’est que c’est vrai.

Je vous avoue que beaucoup de gens sont suspicieux envers sa gaiété légendaire : « Elena, en fait c’est une grosse stressée qui se cache derrière une apparence d’optimiste chronique … » ; « Elle en fait trop avec sa gentillesse, son savoir-vivre, son sourire permanent, merde quoi … » ; « On dirait qu’elle vit sur une autre planète … ». Bref, elle fait jaser ! Dans notre société individualiste et souvent morose, Elena choque, elle dérange. Elle semble tout droit sortie de l’ancien temps, peut être du temps des trente glorieuses où la vie (pour la plupart) se résumait à « Love, sex, peace and rock n’ roll ». Non plutôt, bals musette compte tenu de l’époque …

Elena est insouciante et n’a pas honte de le clamer et même de le revendiquer. Ce qui lui importe dans la vie c’est d’être heureuse et de vivre sa vie comme un rêve éveillé, sans entraves. Au boulot, les remarques fusent :  « Elena, rien ne l’atteint, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, elle a toujours son sourire de circonstance … A croire qu’elle est insensible à toutes formes de contrariétés … ». Sa positive attitude n’est pas toujours communicative. En plus de ce sourire permanent, Elena a la boutade aisée. Elle aime rire et ne se prive pas, même au boulot et même le lundi matin à 8 heures alors que tout le monde rêve déjà au vendredi soir. Ca fait grincer … L’optimisme marrant du vendredi soir, encore ça passe … Mais quand ça débute dès la première heure de la semaine … Alors là non (du moins pour certains) ! 

Le matin, à ses amies toujours dans l’attente de l’heure de sortie, notre boute-en-train n’hésite jamais à faire preuve d’humour tout en usant de ses petites citations qu’elle affectionne tout particulièrement :  » Sophie, quand tu te lèves le matin, au lieu de penser déjà à l’heure du coucher tente de méditer sur cela  » J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé  » … Et c’est même Voltaire qui le dit ! C’est approuvé par les plus grands médecins de l’hosto je t’assure  .., posologie sans contre-indication … « .

Elena, se rapproche par beaucoup de paramètres, aux personnages un peu « bouffon » qu’ont pu connaître l’Histoire ou la littérature. Dans la tradition provençale de la pastorale, « Lou Ravi » est un personnage sympathique, attachant et qui prête à rire avec ses bras levés et son sourire un peu niais. C’est un naïf, il a une vie simple et il n’apporte rien sauf sa joie de vivre, et c’est déjà pas si mal ! Celui qui fait rire donc, qui amuse, qui est toujours enclin à la bonne humeur a de tous temps existé. Ainsi, Nicolas Ferrial alias Triboulet, était le bouffon favori sous les règnes de Louis XII et François 1er. Ayant un jour, outrepassé les bonnes mœurs en critiquant les courtisanes de François 1er, ce dernier fut contraint de le condamner à mort. Cependant, comme un privilège, le Roi lui demande de choisir sa mort. Ce dernier, fidèle à lui-même lui rétorque « Je préfère alors … mourir de vieillesse ! ». Le Roi éclate de rire et change sa peine de mort en bannissement.

Alors bien évidemment Elena n’est pas le Ravi de la crêche. Elle s’apparente plutôt à un Triboulet moderne, toujours friande de bons mots tout en faisant preuve de finesse d’esprit. Mais dans notre société un peu désabusée par ses abus, est-on prêt à accepter ce genre d’individu dérangeant et grinçant ? Une autre question se pose : Les codes vont-ils changer ?

Charlotte

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